Rien que le titre La librairie des chats noirs intrigue. Les mots font tilte. Sont-ce des chats noirs qui vont mener l’enquête ? Certains auteurs de romans policiers (Lilian Braun Jackson entre autres) s’inspirent de ces tactiles félins.
Les premières lignes d’un humour féroce interpellent : « Une tornade dans le salon n’aurait pas fait autant de dégâts. » Piergiorgio Pulixi n’évoque en rien le crime qui va avoir lieu. Il décrit les conséquences de l’anniversaire de Lorenzo, garçonnet de sept ans qui vient de le fêter avec une flopée de copains et de copines. Nicolas, le père et la mère Lucia s’empressent de tenter de tout remettre en ordre et y parviennent lorsque débarque un assassin implacable.
Le temps d’un sablier
Il intime à Nicolas de choisir qui sera sa victime, qui il tuera : ou Lorenzo ou Lucia. Il lui donne une minute pour faire ce choix : le temps que le sable du sablier s’écoule. Lorenzo survit. Lucia se sacrifie. Nicolas se suicide.
Débarquent l’inspecteur Flavio Caruso et sa coéquipière, la séduisant brigadière Angela Dimase. Aucun indice si ce n’est une photo de Lorenzo avec son professeur de mathématiques Marzio, devenu libraire. Angela le connaît bien. C’est son meilleur ami. « Angela avait vu la photo de lui avec Marzio. Elle savait que son ami avait un don avec les enfants : ses anciens élèves l’adoraient et il parvenait à rendre captivante une matière aussi rasoir que les mathématiques. » Les enquêteurs sollicitent son aide : obtenir de Lorenzo, choqué, détruit plus de précisions.
Caractère revêche
Marzio rechigne. Ce spécialiste des romans policiers, d’un caractère revêche, souvent de mauvaise humeur n’est pas accommodant pour deux sous, encore moins commerçant : pourtant pour gagner sa vie et payer son assistante Patricia, il lui faut vendre des livres. « Oh, Montecri’, lança Caruso avec sa gouaille romaine proverbiale. C’est quand même dingue : on est restés dehors cinq minutes, le temps de fumer une clope, et on a vu deux femmes sortir d’ici, folles de rage, à cracher des insultes et des grossièretés. Y a pas à dire, tu sais fidéliser tes clientes. »
Mais très bon cœur tout de même
Heureusement Marzio a quelques amis irréductibles qui lui sauvent la mise. Mais cela est une autre histoire qui se déroule en parallèle et en complément avec une double quête : celle orchestrée par le couple de policiers et l’investigation menée par Marzio et ses amis afin d’identifier ce criminel insaisissable. Pendant ce temps, les chats noirs se prélassent.
Un matin, ils ont déboulés et ont investi la librairie sans demander l’avis de quiconque. Marzio – qui a aussi très bon coeur – a accueilli les deux réfugiés et les a baptisés : Miss Marple et Poirot. D’un caractère bien trempé – la réplique de Marzio ? – de temps en temps, ils se posent sur les genoux des clients ou des amis, se font câliner, sans abuser.
« Avant de quitter les lieux, il se tourna vers Miss Marple et Poirot.
– Pardon, je ne vous ai pas demandé votre avis. Vous en pensez quoi, vous ? Les chats lui lancèrent un regard réprobateur avant de lui feuler au visage, comme si c’était lui l’assassin.
– Charmants, dit-il en éteignant la lumière. Allez, bonne nuit et à demain.
Une fois l’obscurité, tombée dans la pièce, les yeux ambrés des chats s’éclairèrent comme deux ampoules fluorescentes. »
Humour, sensibilité et verve
Quand surgit le second crime semblable en tout point au premier se pose la question : s’agit d’un tueur en série ? Quel est son motif ? Cruauté pure ? Vengeance ?
De fil en aiguille, où se s’entrelacent humour, sensibilité et verve, Piergiorgio Pulixi entraîne le lecteur au plus près de personnages attachants – la vie n’est pas toujours rose. Que ce soient les dialogues ou les descriptions – l’histoire se déroule à Cagliari en Sardaigne : un endroit grandiose – l’auteur ne relâche jamais son talent.
« Cette merveilleuse anse naturelle était abritée du vent grâce à deux promontoire majestueux : à l’est le Capo Sant’Elia, où se dressait un vieux phare et une tour espagnole, tandis qu’à l’est trônait la Selle du Diable, qui protégeait la crique, la plage scintillante et l’eau cristalline aux reflets émeraude à perte de vue, instillant chez le spectateur un profond sentiment de liberté. »
Si ce livre se veut un hommage aux précurseurs qui ont dessiné la littérature policière, par certains côtés l’écriture soignée et vivante voire vivifiante rappelle le doigté de Giorgio Scerbanenco.
Notons que Piergiorgio Pulixi a obtenu le prix Scerbanenco pour son ouvrage L’île des âmes.
À lire pour sourire, à lire pour rêver, à lire pour s’émouvoir, à lire pour réfléchir.
La librairie des chats noirs de Piergiorgio Pulixi
Traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux
Collection Totem Édition Gallmeister
Published by M.B.
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