L’appel des odeurs de Ryoko Sekiguchi : un livre à part
Ce recueil de nouvelles, au fil des pages s’irise de parfums, s’en imprègne et s’articule autour du thème des odeurs. Chaque récit – quelques pages – met en scène une narratrice qui exprime sa relation avec les odeurs. Elle pointe sa recherche philosophique, sa vision poétique du parfum : un sens sinon délaissé du moins négligé. À quoi correspond une odeur ? répète souvent l’autrice. Pourtant celles-ci nous imprègnent, nous définissent, renvoient à une part de notre histoire : enfance, adolescence ou âge adulte et enfin la mort. Ne parle-t-on pas de l’odeur de la mort ? Quelque-chose d’abstrait, d’intime, de douloureux.
A contrario, Ryoko Sekiguchi dépeint la souffrance ressentie suite à la perte de l’odorat : l’anosmie – mot peu usité, découvert durant la pandémie liée à la COVID. Telle un deuil, elle modifie l’existence. « Elle avait déjà pensé qu’en cas d’anosmie, elle ne pourrait plus sentir les autres, mais elle n’avait pas imaginé qu’il lui serait impossible de sentir sa propre peau. Elle n’était plus sûre de sa présence. Existait-elle vraiment ? » Cet éloge de l’odorat – outre de petites comptines – s’accompagne de réflexions de la narratrice ou de citations piochées dans divers ouvrages qui s’entrelacent. Amenées par une écriture plus poétique, composées de phrases brèves présentées en italique elles s’étalent sous forme d’interrogations, de réflexions.
« Quelles odeurs lit-on dans un roman ?
Quel odeur avait leur histoire ?
Quelle serait l’odeur de la page que l’on va ouvrir ? »
Exit les mauvaises odeurs

Cet éloge exhaustif néglige la contre-partie des bienfaits de l’odorat : les mauvaises odeurs – celles qui peuvent polluer le quotidien. Qui n’a pas été indisposé par divers relents nauséabonds comme lors de l’épandage d’un lisier? Si par malheur, on habite près de telles zones agricoles, mieux vaut ne pas ouvrir ses fenêtres. Le sens olfactif – somme toute peu développé chez l’être humain – si on le compare avec celui du chien possède aussi des inconvénients. Ne pas sentir la pollution de la ville – lors d’embouteillage – ne pas capter la mauvaise odeur d’une personne qui ne se lave pas ou qui ne peut pas se laver n’est pas forcément négatif.
Bien évidemment, toutes les odeurs ne renvoient pas à celles des parfums – fruits de recherche et de mélanges subtils – dont se couvrent les corps. Comme tous les sens, l’odorat possède sa contrepartie. Un parfum floral prononcé peut mettre mal à l’aise. Certaines senteurs – par exemple celle du coquelicot que l’on cueille – envoient des effluves négatives entre l’amer et le piquant.
Symbole d’une appartenance, d’une culture, symbole aussi d’une élite, le parfum renvoie à l’existence de classes sociales, il précise les inégalités.
Cette absence ne nuit pas à la qualité du livre d’une esthétique soignée et d’une écriture sensitive.
L’appel des odeurs de Ryoka Sekiguchi
Éditions POL
Published by M.B