La couvée fantôme

Ce dimanche 25 avril, la journée avait été agréable, ensoleillée, douce. Nous avions mis en terre les pommes de terre et repiqué les cucurbitacées. Installés sur la terrasse ombrée par le tilleul, nous veillions sur le barbecue dans lequel le chêne se consumait. Au menu du dîner merguez et côtes d’agneau. Soudain retentit le cri guttural d’une perdrix : dans le prairie en contre-bas au sud. Elle n’était pas loin.

Habituées et adaptées à ce territoire austère, Les Perdrix rouges au fil des années conquirent l’espace. Le premier contact se fit des années plus tôt dans le jardin. Belle-Lurette, la chienne cocker le nez au sol débusqua une perdrix en train de couver. Apeurée, elle s’envola. Le lendemain matin, les œufs étaient encore là mais froids. Craignant qu’elle ne les ait abandonnés, je les glissais sous une poule Brama Perdrix Grande qui couvait mais n’avait pas d’œufs. Ça arrive ! Et rien à faire pour la décourager, la ramener à la raison. Prise par une fièvre qui la coupe de la réalité, elle s’entête, persiste et attend que cela passe.

La Perdrix rouge : ou la couvée fantôme

La couvée fantôme

Vingt jours plus tard onze œufs avaient éclos. Délicatement, je soulevais la poule. Habituée à ma présence à peine si elle gloussa. Dessous elle, bien au chaud des boules grises avec des yeux arrondis. Qu’allait-il se passer ? La poule saurait-elle les élever ?

S’il arrive que des poules élèvent des canetons  imbibés par cette mère adoptive qui ne leur ressemble pas mais qui les guide, ils s’identifient à elle. Ils s’imprègnent de ses mœurs, jusqu’à se considérer comme un poulet. Ainsi, une canette élevée parmi une bande de poussins tombait follement amoureuse des jeunes coqs qui effrayés par ses ardeurs répétées ne savaient quelle attitude adopter. Par contre elle dédaignait les mâles colverts qui s’approchaient d’elle. Elle les repoussaient, les chassait à grand cri. Mais les perdrix ne sont pas des canards. Bien plus sauvages,  leurs instincts les enrobent et les protègent leur permettant d’assouvir leurs besoins premiers et de survivre. J’allais m’en rendre compte à mes dépens.

Le lendemain matin, je me rendis au poulailler, curieuse de revoir ces magnifiques oisillons. Ma désillusion fut grande lorsque sous la poule toujours prostrée je m’aperçus qu’il n’y avait plus rien. Aucune perdrix ! Je regardais tout autour, pensant aussitôt à un prédateur – tels les rats – mais ne trouvais aucune trace. Les perdrix avaient disparu. Avais-je rêvé ? La couvée était-elle fantôme ? Je dus me résigner. Narrant ma déconvenue à mes proches, mon compagnon raconta que la veille il avait vu une perdrix qui remontait le chemin. Renseignement pris, il apparaissait qu’une fois les oisillons nés, le mâle venait les chercher et alors la couvée le suivait afin de trouver aussitôt sa nourriture. Bien évidemment, rien ne permettait de corréler ces informations.

La Perdrix rouge perchée sur un muret guette

Un bien beau spectacle

Cependant au fil des années, le nombre de perdrix augmentait. Souvent au hasard de nos promenades s’envolaient de belles bandes d’une quinzaine de membres, à notre grande joie. Car ce sont des oiseaux magnifiques avec un vol particulier et vibrant qui ne passe pas inaperçu.

Dès la fin de l’hiver se formaient des couples. La bande s’était disloquée : chacun-e- avait trouvé son compagnon ou sa compagne. Nous les croisions sur différents plateaux. Dès quatre coins cardinaux, nous les entendions chanter. Parfois, alors que nous pensions être seuls, nous les effarouchions. Ils s’envolaient aussitôt et nous avions le sentiment d’avoir un bien beau spectacle à observer. Et puis nous avons remarqué le nid. A côté de la maison, pris entre un angle du muret et de la citerne jusqu’à ce dimanche 25 avril.

Le chant côté sud persistait. S’enflait. Provoquant. Une façon de dire aux autres c’est mon territoire. Puis arriva le Perdrix mâle qui longeait le muret du jardin. Nul doute que c’était celui qui avait fait le nid si près de la maison. Quelle joie de le découvrir ! Il avançait doucement. Prudemment. Becquait par-ci par-là quelques mousses desséchées. S’arrêtait. Disparaissait derrière le lilas. Où avait-il bifurqué ?

De la couvée fantôme à la Perdrix rouge

La soirée Perdrix

L’autre chantait encore. Plus fort. Le perdrix mâle réapparut. Attendit. Sauta d’un muret vers l’autre et fila vers le sud. Se percha à nouveau sur un autre muret. Il écoutait. Enfin, il se mit à répondre. Il était tellement occupé à revendiquer son espace qu’il ne remarqua pas qu’on le photographiait. De toute façon, il n’était pas pressé. Ne se méfiait pas des humains. Retournant vers le nid, il passa à quelques mètres de nous. Un moment plus tard, un autre perdrix rouge remonta le chemin – le matin en allant au jardin , nous l’avions vu qui décollait afin de ne pas montrer où se trouvait son nid – puis fila vers le plateau. Cela avait été notre soirée Perdrix : un très beau spectacle avec concert en prime.

 

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