Le chien des étoiles

Le chien des étoilesCe roman, Le chien des étoiles de Dimitri Rouchon-Borie estomaque. Bien écrit : on se délecte. Le rythme, l’intensité du récit, à aucun moment ne faiblissent. Le choix des mots imagés reflètent les personnages. Ce sont trois jeunes – Gio, vingt ans – Dolorès une adolescente aux jolies  » pêches  » et Papillon un gamin, muet qui cependant sait se faire comprendre.

Gio, en quittant l’hôpital – suite à une blessure à la tête : un coup de tournevis retourne chez ses parents. Ils l’installent dans un mobile-home à côté de leur cabane. Pendant son absence est arrivée une adolescente sans complexe. « Une gamine ondule jusqu’au nuage des retrouvailles. Elle a mis des souliers roses et ses cheveux sont blonds. […] Elle s’accroche aux bras de Gio et elle minaude.

Nino s’énerve.

– Petite, t’en vas pas réchauffer comme ça un soldat qui rentre du front. Il a fait six mois d’hosto, il doit avoir les grenades dégoupillées. Fils, c’est comme de la famille, maintenant, cette gamine, même si on l’a récupérée par dette. »

La chouette

Gio – un grand gaillard, généreux – n’est plus tout à fait le même. Sa tête blessée – à peine guérie – le déconnecte parfois. Il perçoit le monde autrement. Dorénavant, le voici en communion avec la nature, les étoiles, tandis qu’une chouette l’interpelle. « Elle ne le quitte pas du regard. Il a l’impression que c’est intime, comme la main de la petite sur la fierté du Père. Et puis le rapace s’envole, sans bruit. » 

Fataliste ou résigné face aux coutumes de son clan, Gio ne se dérobe pas face à son destin : venger sa blessure – puisque la police n’arrêtera pas les responsables. Avec tous les membres masculins de sa famille, il s’engage sur le chemin des représailles. Parmi eux Papillon.

Au cœur de cette rixe entre deux clans, le gamin, élevé par l’oncle de Gio ne reste pas sur la touche.  Rien n’échappe à sa sa vigilance. Rapide et agile, il s’empare du fusil que Gio a laissé tomber.  « Papillon fait feu ». […] « Gio se fond dans le chaos. Il enjambe la carcasse de Bill, son visage déchiré par la plomberie. Y aura pas un faussaire pour lui refaire bonne mine, mais c’en est fini des allergies, pense Gio. Papillon a tiré en pleine tête. »

La fuite et encore la fuite

Le chien des EtoilesC’est le début d’un engrenage vers la fuite : une fuite qui ne peut finir pour les trois vagabonds, passagers clandestins qui de train en train sondent un monde souterrain, parfois malsain. Les rencontres se ressemblent les amenant vers un impossible dénouement. Aucune rédemption n’est envisageable  pour ce trio émouvant. Avec ou sans mots, ils se comprennent, se complètent, se soutiennent, font face à la violence, au froid, à la faim et au rejet.

La société n’a pas de place pour eux, des vagabonds sans but qui ne sont pas sans rappeler certaines tribulations décrites par Jack London. Aucun abri si ce n’est au sein de communautés marginales, reléguées à l’extérieur de la ville. Ceux qui les acceptent ne sont pas des saints. Leurs règles ne tolèrent pas l’exception : ce que sont Papillon, Dolorès et Gio. « – Les mômes Isaac… Isaac secoue la tête de nouveau, l’air de dire qu’on n’y peut plus rien. […] Micek a envoyé du monde pour eux. C’est trop tard. Je crois pas que tu puisses sauver qui que ce soit désormais. C’est comme ça. »

Une fois le livre refermé, un bijou, l’on pense encore longtemps à cette histoire avec tendresse et émotion mais aussi une pointe d’amertume.

Le chien des Étoiles de Dimitri Rouchon-Borie.
Éditions le Tripode
Published by M.B.