Les jeunes filles mortes ne sont pas aussi jolies

Les filles mortes ne sont pas aussi jolies d'Elisabeth Little

Les jeunes filles mortes ne sont pas aussi jolies est une des nombreuses réflexions que se fait Marissa Dahl. Héroïne, malgré elle, elle n’a rien d’une tête brûlée ! Au contraire, son personnage tout en retenue et en finesse n’en finit pas d’analyser, d’observer, de décrire avec une minutie impitoyable. Cette monteuse de films peine à nouer des relations. Elle s’exprime peu, elle ne supporte pas qu’on la touche, elle cumule les phobies – dont la peur de l’eau. Dans son enfance, elle a failli périr noyer. Malgré toute la mauvaise presse qui l’entoure,  elle accepte une proposition du tyrannique metteur en scène Tony Rees. Marissa qui logeait chez sa meilleure amie, souhaite emménager chez elle. Elle a besoin d’argent. Alors elle ne fait pas la difficile. Quelques heures après la signature de son contrat de travail, la voilà conduite vers un lieu inconnu par Usaiah, un chauffeur taciturne. Coincée, paralysée, elle ne noue pas la conversation si ce n’est au dernier moment pour apprendre que le tournage du film se fait sur l’île Kickout dans le Delaware et qu’elle va devoir prendre le bateau. Cela commence mal pour elle.

Le lecteur pris à témoin

Le récit écrit à la première personne, aux traits d’humour grinçants fait part de tous les états d’âmes de Marissa qui est pétrie d’habitudes tactiles et qui aime prendre son lecteur à témoin. « L’île me prend par surprise.

Je parie que vous ne saviez pas qu’une île pouvait faire ça. Mais celle-là si, et pas seulement parce que j’ai fait tout mon possible pour ne pas regarder la mer. »

Tout dans ce tournage semble étrange : le fait que le scénario conte l’histoire d’un crime non résolu depuis vingt ans, le caractère exécrable du metteur en scène qui a viré son précédent monteur, sans que personne ne veuille dire pour quelle raison, les termes du contrat que Marissa a signé avec une clause de confidentialité de seize pages, le fait qu’elle soit assignée à résidence – en dehors des lieux de tournage, de sa salle de montage, elle ne doit pas quitter sa chambre.

Oui, mais elle a très faim. Depuis son départ de New-York, elle n’a rien avalé.  Elle enfreint l’interdit, s’aventure dans l’hôtel à la recherche de nourriture : de préférence un sandwich au beurre de cacahuète. Ce qu’elle ne trouve pas dans le distributeur. Elle poursuit sa quête jusqu’à rencontrer deux adolescentes sympathiques, curieuses, malignes : Grace et Suzy. Elles cherchent à résoudre le crime non éludé et à innocenter celui qui a été érigé en bouc émissaire : Nick, le  capitaine du bateau qui a amène Marissa jusqu’à l’île.  Marissa accepte de devenir leur complice non sans les mettre en garde. « Soyez prudentes, d’accord ? S’il y a bien une chose dont personne n’a besoin ici, c’est d’une deuxième jeune fille assassinée. » Bon, j’en ai assez révélé. Pas tout à fait : je vaudrais faire référence à la double lecture : une chouette idée en référence au cinéma et à notre vie contemporaine.

Les jeunes filles mortes sont pas aussi jolies d’Elisabeth Little
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony
Éditions Sonatine
Published by M.B

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