L’année 2022 a acté les prémisses d’un changement climatique annoncé depuis belle lurette. En effet, l’été torride s’est prolongé jusqu’à l’automne. Sécheresse, chaleur ont entraîné des récoltes inexistantes et ont laissé les nappes phréatiques exsangues. La canicule n’épargnait pas les oiseaux des jardins. S’ils n’avaient pas à se mettre en quête de nourriture, ils se rapprochaient des points d’eau.
Puis vint la pluie, intermittente, capricieuse mais elle imprégnait l’atmosphère d’une humidité qui collait aux semelles sans pour autant revigorer les cours d’eaux, ni faire naître les champignons. Ceux-ci boudaient : quelques coulemelles, aucun lactaire ! Des ondées apportaient juste de quoi humidifier le sol et plomber les soirées : impossible de voir les étoiles. Cependant, les plantes cependant s’emballaient, prêtes à de nouvelles pousses – comme les artichauts ! Certaines impatientes de refleurir tels les soucis ou les véroniques frustrées par un été torride exhibaient leurs plus belles corolles.
De la neige et tout change
Les premiers froids intenses n’apportaient guère de répit. La déficience en eau demeurait. Fin 2022 : des journées glacées jusqu’à moins 8 degrés rompaient avec la douceur, mettaient à mal la végétation qui s’était emballée, croyant le printemps débarqué.
Mi-janvier 2023 arrivait la neige : pas vraiment drue, une dizaine de centimètres juste une nappe qui enrobait les sols et la végétation, s’entreposait sur les bâtis en pierres sèches, décorait les arbustes ou les arbres. Le paysage remodelé prenait un air de fête. Une luminosité diaphane éblouissait soudain obligeant le regard à un temps d’adaptation. Ce bienfait pour la contemplation, ce renouveau paysager cependant ne satisfaisaient pas tout le monde. Survivre dans le froid et la neige est surtout facile pour ceux qui ont de bons abris : que ce soit pour les êtres humains ou pour les animaux.
L’afflux des oiseaux de jardins
Parmi les plus démunis : les oiseaux des jardins. Ils se rapprochaient des lieux moins hostiles à la recherche d’havres plus cléments. Il suffisait de regarder par la fenêtre pour noter leur afflux. Les mangeoires installées les attiraient.
Mésanges nonnettes, mésanges charbonnières, sittelles torche-pot ou pinsons, bruants-zizi se relayaient dans une danse effrénée en quête de graines. Perchés sur une branche, ils attendaient leur tour et dès que la mangeoire se libérait le plus rapide ou le plus habile s’attablait. Manquait la mésange bleue : absente depuis l’automne – elle serait menacée de disparition.
Autant la sittelle torche-pot ou la mésange charbonnière s’attardaient à la recherche de leurs graines préférées – quitte à éjecter celles qui ne leur convenaient pas – autant les pinsons aussi bien femelles que mâles parfois maladroits, ratant leur cible se hâtaient de déguerpir, préférant picorer à même le sol. Le bruant zizi, téméraire prenait son temps ne se laissant pas intimider par le rouge-gorge très gourmand.
Une bonne occasion pour observer et photographier
Chacun trouvait sa pitance. Chaque matin, il fallait faire le tour des mangeoires, dégager les graines ensevelies sous la neige et les renouveler. C’était aussi une bonne occasion pour les observer ainsi que de les photographier sans les inquiéter, l’obturateur de l’appareil photo étant déclenché à distance.
En effet, méfiants à la moindre alerte, les oiseaux s’envolent et vont se percher sur les branches les plus hautes des frênes ou des acacias à proximité. Seules les mésanges à longues queues dédaignaient ces apports et se contentaient de picorer le long des ramilles à la recherche d’une nourriture plus naturelle. Elles déboulaient par dizaines, restaient quelques minutes puis partaient à l’assaut d’un autre arbuste à feuilles persistantes – de préférence un nerprun alaterne – en quête de proies autres faisant ainsi le tour des arbustes encore verts propices à être des réservoirs.
Une trop grande tentation
D’autres plus gros s’aventuraient au plus près de ces réserves. Cette année, toutes les merlettes n’ont pas daigné migrer. Pour celles restées sur place, elles n’étaient pas les dernières à revendiquer leur part. Loin de leur faire la cour, les merles, toujours avides de baies de lierre, ne les reconnaissaient plus et parfois chassaient celles qui leur faisaient concurrence alors que les pinsons ne s’offusquaient pas de cet intrus corpulent, si peu coloré.
Par contre entre eux, ils n’hésitent pas à se chamailler et à se voler dans les plus plumes. Se nourrir est bien plus fort que la solidarité entre espèces. Mais les humains n’ont rien à leur envier sur ce terrain. La culture ne pallie pas le désir de supériorité, n’éteint pas le rejet de l’inégalité et n’améliore pas les comportements.
De la méfiance à la confiance
Pies et geais se montraient plus méfiants.Leurs jacassements indiquaient leurs présences. Cependant de là, à les voir, fallait attendre. Parfois, ils se querellaient, tentaient de s’accaparer le territoire. Finalement, la gourmandise ou la faim attiraient un geai des chênes qui bien que sur le qui-vive prenait le temps de se remplir le gosier. Le froid avait eu raison de ces craintes.
Dès le retour de températures plus clémentes, les mangeoires perdaient de leurs attraits et de leurs importances. Les oiseaux reprenaient leurs habitudes. Ils filaient vers les sous-bois ou picoraient au sol à la recherche de vermines ou de graines enfouies comme l’accenteur mouché ou le troglodyte mignon.
Nouvelle venue : la grive musicienne
Début février, une nouvelle venue s’installait dans la cour : la grive musicienne. Présente à longueur de journée, rien ne l’effraie. A peine si elle s’envole quand on s’approche d’elle. Elle préfère avoir les pieds sur terre.
Elle se plaisait sur ce parterre encore vert. Sautillant de touffes d’herbes en touffes d’herbes, elle délimitait son territoire, piochant ça et là, déterrant un vermisseau ou un insecte rescapé de la froidure. Le merle n’appréciait guère cette concurrente qui se délectait de ses baies préférées sur le même lierre que lui. Il avait beau vouloir la décourager, elle n’en démordait pas. Pourquoi n’aurait-elle pas des droits similaires ?
Grive musicienne
- C’est la première année que nous l’observons si près de la maison.
- Elle a investi la cour abritée et où le gel atteind moins la végétation.
- Du matin au soir, peu craintive, elle sautille de coin en coin à la recherche de nourriture.
Atterrissage et équilibre
- Les mangeoires attirent. La tentation d’une nourriture à portée de bec est grande.
- Mais les passereaux se méfient, hésitent à se poser.
- Et ne tardent pas à s’envoler dès qu’ils se sentent en danger.
Geai et merle
- Avant de se décider, le geai des chênes inspecte les alentours.
- Tout comme le merle qui de loin préfère picorer les baies de lierre.
- Celui-ci n’a pas résisté. Assuré d’être en sécurité, il prend le temps de se rassasier.
Mésange charbonnière
- Les mésanges charbonnières sont très voraces.
- Très habiles, elles atterissent sans hésiter.
- Cherchent les meilleures graines qu’elles décortiquentent sur une branche à l’abri de prédateurs.
Sittelle torche-pot
- Parmi les plus assidues et les plus nombreuses les sittelles torche-pot.
- Sélectives, elles choisissent les graines qu’elles préfèrent – de préférence du tournesol.
- Et envoient valser celles qui ne leur conviennent pas au sol pour le plus grand bonheur des pinsons.














