Les routes oubliées

Les routes oubliées de S.A. CosbyDans Les routes oubliées de S.A. Cosby, un polar à cent à l’heure Beauregard Montage surnommé Bun, héros infatigable et inébranlable ne met pas en doute la justesse de ses décisions, puis la nécessité de ses actions.  Beauregard encaisse les coups, se redresse aussitôt et prend à peine le temps de panser ses plaies. Ses déboires physiques lui permettent de supporter ses atermoiements moraux. Il porte en lui une génétique maléfique, du moins s’en persuade-t-il.

Obligé de tuer afin de sauver son père à jamais disparu – un être ambigu à la fois plein de tendresse, de sagesse mais incapable de dompter ses mauvais élans – Bun a intériorisé ce trait de caractère comme une fatalité. Au fond de lui, il pense que ses fils peuvent en hériter. Un certain proverbe n’affirme-t-il pas que les chiens ne font pas des chats. « Il alla s’assoir dans la Duster. Du vieux cuir des sièges émanait une odeur de tabac qu’on aurait trempé dans l’huile. Il pouvait voir son père assis à sa place, derrière le volant, et lui sur le siège passager. » Il adore cette voiture, le seul héritage de son père et ne veut pas s’en séparer.

Ce père de famille aimant ses enfants, attaché et fidèle à Kia, son épouse fait tout pour s’en sortir honnêtement. Ce mécanicien hors pair a réussi à acheter un garage dont il lui faut rembourser l’emprunt. Acculé, il s’engage dans un sale coup, seule façon pour lui d’éponger les dettes qui se multiplient. À contre cœur mais faute de solutions autres, il renoue avec les routes oubliées de la délinquance.

Trouver du pèze quoiqu’il en coûte

En Virginie, comme partout aux États-Unis, se faire soigner revient cher. Outre la maison médicale où est soignée son infernale de mère, Beauregard doit payer les soins dentaires puis d’optique de ses fils. Il faut passer à la caisse. Comment faire quand on n’a pas un rond d’avance, que le loyer du garage automobile peine à être assuré ? Le double emploi de sa femme ne saurait suffire. Il accepte le marché que lui propose Ronnie, un ancien complice dont il se méfie comme la peste.

Alors qu’il s’agissait de braquer une bijouterie sans risque avéré, un jeune homme est tué. En effet, Ronnie et son associé, Quan ne sont guère fiables : cela Bun le savait. Malgré toutes ses anticipations, le vol de diamants ne se passe pas sans casse. Beauregard se retrouve à devoir des comptes : moins à la police qu’à des truands sans foi, ni loi, n’hésitons pas à les qualifier d’impitoyables quand leurs intérêts sont mis à mal.

Un périple à grande vitesse

Avec Beauregard, sur des routes oubliées, au volant de vieilles caisses retapées et améliorées, conducteur chevronné, hors pair, le roman prend de la vitesse.   « Il actionna le frein et braqua le volant à gauche. La Buick fit un cent quatre-vingts degrés dans un nuage de fumée grise. Sans une seconde d’hésitation, il passa la marche arrière et accéléra. Les piquets en bois qui entouraient d’ordinaire le terre-plein central avaient été remplacés le temps des travaux par une clôture mobile en plastique orange. Ronnie poussa un long hurlement inintelligible. La voiture fonçait à presque cent kilomètres à l’heure vers un tronçon de route inachevé.

En marche arrière. »

Le voilà pris dans un engrenage infernal qui menace sa famille, ses amis. On veut croire qu’il va s’en sortir, lui faire confiance … cependant je n’aurais pas voulu être sa passagère. Mais sans regret, je me suis laissée embarquée dans ce périple porté par le style limpide, l’écriture fluide et naturelle de S.A. Cosby.

Les routes oubliées de S.A Cosby
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Szceciner
Éditons Pocket
Published by M.B

 

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