Lectures choisies 2025

L’année 2025 commence par le froid – des températures négatives la nuit qui s’élèvent peu en journée : des jours qui sont courts. Ce temps  n’incite guère à mettre le nez dehors. Rester au chaud et lire : une alternative agréable comme un droit à la paresse, n’en déplaisent à ceux qui ne glorifient que le travail.

Voici quelques lectures choisies pour 2025 qui m’ont particulièrement plu.

Outre La saison des moussesobjet d’un article – un autre roman retient mon attention : Trust.

Mais les pépites littéraires ne sont pas rares. L’enragé de Sorj Chalandon en fait partie.

Dans un autre registre, Celles qu’on tue de Patrícia Melo s’ajoute à la liste et permet de faire face à une canicule précoce, tout comme Études en noir, un polar cultivé de José Carlos Somoz.

Le goûter du Lion d’Ogawa Ito ouvre une autre porte de réflexion abordant la question de la fin de vie. L’auteure japonaise réussit la gageure de transcender ce moment de tristesse en plénitude à condition de savoir profiter de l’instant présent : une prouesse.

Avec La librairie des chats noirs de Piergiorgi Pulixi le lecteur renoue avec le meilleur du monde policier : personnages, intrigues, écriture raffinée, drôle au ton juste. Rien n’est laissé au hasard : un grand moment de lecture.

 

La librairie des chats noirs

Rien que le titre La librairie des chats noirs intrigue. Les mots font tilte. Sont-ce des chats noirs qui vont mener l’enquête ? Certains auteurs de romans policiers (Lilian Braun Jackson entre autres) s’inspirent de ces tactiles félins.

Les premières lignes d’un humour féroce interpellent : « Une tornade dans le salon n’aurait pas fait autant de dégâts. » Piergiorgio Pulixi n’évoque en rien le crime qui va avoir lieu. Il décrit les conséquences de l’anniversaire de Lorenzo, garçonnet de sept ans qui vient de le fêter avec une flopée de copains et de copines. Nicolas, le père et la mère Lucia s’empressent de tenter de tout remettre en ordre. Lorsqu’enfin ils parviennent débarque un assassin implacable.

Il intime à Nicolas de choisir qui sera sa victime, qui il tuera : ou Lorenzo ou Lucia. Il lui donne une minute pour faire ce choix : le temps que le sable du sablier s’écoule. Lorenzo survit. Lucia se sacrifie. Nicolas se suicide.

Débarquent l’inspecteur Flavio Caruso et sa coéquipière, la séduisant brigadière Angela Dimase. Aucun indice si ce n’est une photo de Lorenzo avec son professeur de mathématiques Marzio, devenu libraire. Angela le connaît bien. C’est son meilleur ami. « Angela avait vu la photo de lui avec Marzio. Elle savait que son ami avait un don avec les enfants : ses anciens élèves l’adoraient et il parvenait à rendre captivante une matière aussi rasoir que les mathématiques. » Les enquêteurs sollicitent son aide : obtenir de Lorenzo, choqué, détruit plus de précisions.

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Le goûter du Lion d’Ogawa Ito

Écrire un livre sur la fin de vie – est une gageure – tant le sujet touche à l’intimité de chaque être vivant.  Mais qui plus est : revendiquer une fin de vie heureuse, pleine de plénitude devient une prouesse. C’est ce qu’a réussi, l’auteure japonaise Ogawa Ito dans son roman Le goûter du lion.

Shizuku Imino, la trentaine n’a plus que quelques semaines à vivre. Elle le sait. Elle veut achever sa vie dans le bonheur, dans la plénitude, en accord avec elle-même. Shizuku fait le choix de passer ses derniers jours dans une maison de fin de vie dont la directrice porte le pseudo énigmatique de Madonna.

D’emblée, dans ce récit à la première personne, Ogawa Ito imbibe son lecteur des pensées de Shizuku, surnommée Shi Shan. « Puis j’ai été frappée par la pensée que le bonheur, c’était d’avoir la certitude qu’il allait toujours y avoir un lendemain. […] Le bonheur, c’était de couler des jours ordinaires, à se plaindre juste un peu, sans se rendre compte que l’on était heureux.»

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Études en noir de José Carlos Somoz

Études en noir Dans son roman Études en noir, José Carlos Somoza se plait à mélanger les genres : styles littéraires variés, diversités des récits au gré de personnages dont l’identité reste ambiguë, multiplicité des lieux. L’histoire se déroule dans l’Angleterre du XIXe siècle où les moyens de communication sont restreints. Se côtoient richesse et extrême pauvreté – mais ceci n’a pas tellement changé – à l’image de ses enfants délaissés qui vivent dans la rue, prêts à tout afin de pouvoir se nourrir.

Dans cette œuvre, tout est une question de frontière. Qui est fou ou qui ne l’est pas ? Que penser de ce petit bonhomme, recroquevillé dans son fauteuil qui refuse de révéler son nom et se fait appeler M. X. ? Soigné dans la résidence Clarendon, il semble vivre dans le noir, refusant que sa nouvelle infirmière Anne McCarey ouvre les rideaux.

Pourquoi ? Lubies ou raisons autres ? Mais lesquelles ? Quoiqu’en pense ou dise son curieux patient, Anne entend bien faire son métier : protéger et soigner cet être paradoxal à l’image de ses yeux non symétriques. « L’œil droit était d’un bleu presque délavé, tel un aquarium vide. En me penchant un peu, je constatai que cela provenait de son énorme iris, qui remplissait presque toute la conjonctivite. En revanche, l’iris gauche était assiégé par un buisson de ronces épaisses formant un dessin qui, s’il ne s’était pas agi d’un œil, aurait pu être simplement beau.

Un œil bleu, l’autre rouge.

L’ensemble était fabuleux. »

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Celles qu’on tue de Patrícia Melo 

Celles qu'on tue

Le récit de Patrícia Melo participe à la compréhension d’un phénomène englouti, enfoui et qu’il faut faire remonter à la surface, rendre conscient. Page après page, témoignage après témoignage, réplique après réplique, elle démonte les mécanismes qui illustrent et légitime la notion de  féminisme.

Ce livre aurait pu s’intituler la gifle ou la claque. Que celles ou ceux qui y  voient une référence à une affaire récente ne se trompent pas. Tout part de là ! Lors d’une soirée festive et arrosée entre avocats, Amir, son amant, aveuglé par une jalousie injustifiée lui met une gifle. Geste anodin ? pour certains, excusable ! « Paf. Jusqu’alors, je n’avais jamais reçu une seule gifle de ma vie. En plein visage. »

Un pas à ne pas franchir pour cette avocate : sa mère a été victime d’un féminicide. Au Brésil – l’histoire se déroule dans ce pays –  ils prolifèrent.  « Pourtant, les statistiques montrent que c’est commun. Et que  beaucoup ne se contentent pas de gifler. Ce qu’ils préfèrent c’est tuer. »

Elle rompt immédiatement avec Amar, sans lui laisser une seconde chance. Celui-ci ne comprend pas, la mitraille de messages – à l’époque d’internet, c’est tellement facile – l’’assurant que son geste a dépassé sa volonté, qu’il avait bu, qu’il n’est pas comme ça. Alternent menaces, harcèlements, tentative d’apitoiement. Autant de faits qui s’apparentent à cette mentalité masculine si souvent excusée.

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Trust d’Hernan Diaz

Lectures choisies 2025Trust d’Herman Diaz auteur américain finaliste du prix Pulitzer allie capacité d’écritures – sachant adapter le style au personnage qui raconte – force du récit avec une multitude de détails et ouverture d’esprit critique sur un monde passé toujours poche du contemporain. Dans Trust cela va encore plus loin puisqu’à travers un récit décliné en plusieurs versions, Hernan Diaz montre que la voie vers la vérité n’est pas un chemin linéaire. La vérité devient ce que chacun croit qu’elle est ou ce qu’il en laisse paraître à ceux qui l’écoutent ou le lisent – quitte à travestir les faits à son profit.

Avant de lire un roman, on le feuillète – du moins c’est ce que je fais. On regarde aussi comment il se construit, s’il y a des chapitres ou pas, titrés ou non. Cette fois, lorsque j’ouvre Trust de Hernan Diaz, je suis étonnée. Le livre se déroule en quatre parties. Chacune porte la signature d’un auteur différent dont je peine à imaginer le lien qui les unit. Pourtant la quatrième de couverture avertit : « Tout semble si parfait chez les heureux du monde… Pourtant le vernis s’écaille, et le lecteur est pris dans un jeu de piste. » Bref, je suis intriguée.

Comment Hernan Diaz a-t-il construit son histoire ? De quelle astuce s’est-il servi pour ce roman qui approche les quatre-cent pages ? Les personnages ne sont pas si nombreux. Quels sont les secrets de cette intrigue qui évolue autour d’un couple ? Un héritier richissime introverti et son épouse discrète. Il ne semble pas s’agir d’une épopée historique même si l’histoire s’enracine au cœur des années trente dans l’Amérique des affaires, de l’argent et de la tentation boursière qu’est Wall Street.

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L’enragé de Sorj Chanlandon

 

L'enragéL’enragé de Sorj Chalandon traite d’un sujet méconnu que l’on aurait pu croire passé aux oubliettes : l’enfermement des enfants considérés comme délinquants dans des maisons de correction qui s’inspiraient plus de la prison que de l’institut éducatif.

Alors que resurgit le débat – réprimer pour éradiquer les maux dont souffre la société – ce livre tombe à propos en décrivant comment on pensait remettre dans le droit chemin par une sévérité extrême les enfants perdus, exclus. Il s’agissait de les contraindre, de les dresser grâce à des maisons dîtes de redressement ou de correction. Cela pourrait être un moment de notre histoire pas très glorieuse si ce n’est que certains élus, ministres et politiques font tout pour remettre au goût du jour ces pratiques. Je ne pense pas nécessaire de citer des noms. Il suffit de suivre l’actualité. Réprimer…Réprimer et réprimer encore plus. Jusqu’où ? Pour être efficace ? C’est un peu comme la peine de mort censée immuniser contre le crime. La réalité est beaucoup plus complexe.

Sorj Chalandon en fait la démonstration. S’affrontent deux visions : celle de la répression à tout va (première partie du livre ) et celle de la compréhension, de l’éducation par l’exemple, la tolérance, le droit à l’erreur (deuxième partie de ce roman qui s’enracine dans l’histoire et dans la réalité) .

Se retrouver en maison de correction – quels parents n’en ont pas menacé leurs enfants ? – est la pire chose qui puisse arriver. Pour ceux qui en douteraient, la lecture de L’enragé permettra de se faire une idée, de comprendre quels extrêmes cela impliquait.

Si les droits de l’enfant progressent, si la transition qu’est l’adolescence est mieux appréhendée, en quoi la répression seule peut-elle être préconisée pour améliorer la route vers l’âge adulte ?