Côté polars

Durant la campagne électorale États-unienne, le journal Libération a eu la bonne idée de présenter un auteur de romans policiers par états ! Certains étaient connus, d’autres moins. Toujours est-il que cela constituait un vivier dans lequel puiser. C’est ce que j’ai fait. Côté polars, j’ai été agréablement surprise.

J’aime lire les romans policiers : ils offrent souvent un récit inattendu et détaillé non seulement de protagonistes plus ou moins fréquentables mais aussi du milieu dans lequel ils évoluent. L’on est souvent stupéfait de la capacité de résistance et de survie de certains personnages. Amochés, à demi-morts ils poursuivent leur mission. Combien de fois se caltent-ils de l’hôpital après avoir débranché leurs perfusions ou mortellement blessés continuent comme si de rien n’était.

Les routes oubliées

Côté polars

C’est le cas de Beauregard Montage dans Les routes oubliées de S.A. Cosby, un polar à cent à l’heure.  Surnommé Bun ce héros infatigable et inébranlable ne met jamais en doute la justesse de ses décisions, puis la nécessité de ses actions.  Quoi qu’il lui arrive, Beauregard encaisse les coups, se redresse aussitôt et prend à peine le temps de panser ses plaies.

Ses déboires physiques lui permettent de supporter ses atermoiements moraux. Il porte en lui une génétique maléfique, du moins s’en persuade-t-il. Imprégné du souvenir d’un père disparu à jamais, il  porte les stigmates de cette hérédité. Au fond qui est le vrai Beauregard : le bon père de famille aimant ses deux fils et sa fille ou le délinquant qui au volant de sa Duster ne craint plus rien ?

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Les jeunes filles mortes ne sont pas aussi jolies

Côté polarsAu contraire d’autres, inexpérimentés, entraînés malgré eux ne manquent pas d’ingéniosité ou font preuve de courage comme Marissa Dahl, monteuse de cinéma, embringuée dans un univers confus et oppressant. L’héroïne du roman d’Elisabeth Little Les jeunes filles mortes ne sont pas aussi jolies n’a rien d’une tête brûlée.

Discrète, timide supportant mal les contacts physiques, elle préfère la solitude aux relations humaines, les pensées intimes aux bavardages.  Son personnage tout en retenue et en finesse n’en finit pas d’analyser, d’observer, de décrire avec une minutie impitoyable. Cette monteuse de films qui a des films plein la tête peine à nouer des relations. Elle s’exprime peu, elle ne supporte pas qu’on la touche, elle cumule les phobies – dont la peur de l’eau. Dans son enfance, elle a failli périr noyer.

 

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American Predator

American predatorCôté polars n’est pas une fiction. Ce livre décortique la réalité d’un criminel hors norme qui des années durant a sévi dans divers états américains. Maureen Callahan entend comprendre comment un tueur en série a pu non pas s’innocenter mais échapper à toute justice. Pour cela, elle enquête, consulte des milliers de documents, interroge les divers protagonistes impliqués dans une enquête exponentielle afin de retracer le parcours d’un psychopathe hyper-organisé et calculateur.

Tout commence à rebours le premier février 1992 : l’enlèvement d’une jeune adulte Samantha Koenig, dix-huit ans à Anchorage. Étudiante, pour financer ses études, elle bosse dans un café de bord de route où elle sert des clients qui ne descendent pas de leur véhicule. Après son travail, elle ne rentre pas chez elle. Pour quelles raisons ? A-t-elle fugué en emportant la caisse ? A-t-elle été victime d’un prédateur occasionnel ? Les policiers tâtonnent.

 

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Du rififi à Wall Street

Avec  Vlad Eisinger s’amorce un autre style de polars à la fois dans la norme du roman noir tout en n’omettant pas l’aspect humoristique par de multiples références à ce genre. D’emblée, l’auteur met en garde : écrire des romans policiers même si le titre  Du Rififi à Wall Street emprunte plus à l’humour qu’à la gravité peut être dangereux. Sa vie est menacée. « L’enjeu ici est autrement plus grave : un pas de travers, une date ou une épithète révélatrices, et mes poursuivants m’écrabouilleront comme un cloporte. »

Ainsi commence un récit abracadabrant au style florissant où chaque ligne vaut son pesant de créativité. Parlant de son agente, Lori Jacobson, une juive ashkénaze, Vlad Eisinger ne fait pas dans la dentelle. « La soixantaine, elle fumait trop, buvait sec et changeait de trottoir plutôt que de passer devant une salle de sport. Elle tenait la moitié de l’humanité pour des schemiel (en yiddish, celui qui renverse systématiquement sa soupe  et l’autre pour des gonif, autrement dit des brigands.»

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Bondrée d’Andrée A. Michaud

Plus que l’intrigue policière ce qui marque dans Bondrée, c’est la qualité de l’écriture, la pluralité des narrateurs, leurs styles adaptés, les intrusions dans leur intimité. Il y a aussi l’immersion dans un territoire boisé, à proximité d’un lac : spider Lake – lieu de villégiature, éden – où américains et français se côtoient, sans toutefois se fréquenter : Bondrée. « Son nom provient d’une déformation de « boudary » frontière. Aucune ligne de  démarcation, pourtant ne signale l’appartenance de ce lieu à un pays autre que celui des forêts tempérées s’étalant du Maine, aux Etats-Unis, jusqu’au sud-est de la Beauce, au Québec. »

Dans ce lieu paradisiaque, les familles viennent passer leurs vacances d’été dans des chalets qu’elles ont bâtis. Mais une légende court. Un trappeur canuck, Pierre Landry se réfugia dans ces espaces boisés afin de fuir la deuxième guerre mondiale. Tombé amoureux de Maggie Harrison, surnommé Tangara, il perdit la tête. L’homme devint un assassin avant de se pendre dans sa cabane.

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Tout n’est pas perdu de Wendy Walker

Tout n'est pas perduCe roman policier, Tout n’est pas perdu de Wendy Walker interpelle. Pourtant, l’intrigue paraît simple. Le lecteur assiste au crime : le viol de Jenny Kramer, seize ans. Elle s’en sort mais son agresseur l’a mutilée. Elle est traumatisée. « Cette enfant parfaite, son corps profané, violé. Sa vertu volée. Son élan brisé. J’ai l’air mélodramatique. Cliché. Mais cet homme s’est introduit dans son corps avec une telle violence qu’elle a dû être opérée. Pensez-y. » Reste à trouver qui a fait ça, qui dans cette ville tranquille, Fairview dans le Connecticut s’est comporté d’une manière aussi brutale. Celui qui narre n’est pas un policier mais Alan Forrester, le psychiatre qui aide Jenny à se remémorer ce moment douloureux, destructeur.

Alan Forrester ne doute pas de ses capacités conforté par une longue expérience professionnelle. « Durant mes vingt-deux années de pratique, j’ai reçu de nombreuses récompenses et distinctions, mais je ne me réfugie pas dans le certificat de papier.»

Ce thérapeute pratique une double approche : à l’aide de médicaments – afin de soulager dans l’immédiat et à l’aide de psychothérapie individuelle ou en groupe – pour retrouver l’estime de soi, aller au fond des choses. «  J’entends aider, car tel est l’objectif à atteindre – aider un être humain à échapper à la douleur que lui inflige son propre esprit. » Il ne croit pas que l’éradication par traitement médical du moment traumatique soit la bonne approche.

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Trouver l’enfant de René Denfeld

Que peut-il y avoir de plus triste que la disparition d’un enfant ? C’est ce qui arrive à la famille Culver. Leur fillette, Madison âgée de cinq ans s’est perdue. À peine était-elle descendue de la voiture familiale qu’elle ne laissait plus aucune trace d’elle. Cela paraît incroyable sauf qu’avec son père et sa mère, elle s’était fait une joie de cueillir un vrai sapin pour Noël dans la forêt nationale de Skookum.

Comment Trouver l’enfant dans une forêt dense, immense, en plein hiver ensevelie sous la neige, engourdie par le froid dans laquelle les traces ne durent pas effacées par les averses de neige, balayées par le vent ?

Trois ans plus tard, alors que les recherches n’ont pas abouti, les parents, persuadés que leur fille n’est pas décédée, font appel à une enquêtrice. Naomi, surnommée La femme qui retrouve les enfants accepte cette mission. Elle-même gamine a dû fuir un enfer dont elle ne se souvient pas. Attirée et guidée par un feu, des migrants l’ont recueillie puis déposée loin de leur campement dans le bureau du shérif dans le comté d’Oregon. Le shérif l’a amenée chez une veuve Mme Cottle qui a déjà un petit garçon Jérome, adopté lui-aussi. S’en suit pour Naomi une enfance bienheureuse, aimante, troublée cependant par un rêve récurrent : celui de sa fuite. Que fuyait-elle ? Qu’avait-elle vécu ? Elle a oublié.

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Les deux visages du monde de David Joy

Côté polar

 

Avant d’ouvrir le livre, l’on sait que David Joy fait dans la belle littérature : que ce soit par son style ou que ce soit dans son approche de la réalité humaine, décrite en détail, des personnages ciselés dans leur quotidien. Apparaissent Les deux visages du mondedeux visions qui s’entrecroisent, qui s’affrontent et qui finissent par éclater.

Cet auteur américain implante son récit en Caroline du Nord, au sein de la cité de Sylva, une jolie ville où tout le monde se connaît. Croit connaître l’autre. Toya Gardner, artiste sculpteur afro-américaine y fait sa thèse. Elle pioche son inspiration dans les racines du passé, près de sa grand-mère, Vess Jones chez qui elle vit, avec qui elle partage ses interrogations.

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