À la sortie de l’hiver, avec la mâche appelée aussi doucette, les pissenlits font partie des premières salades qu’offre la nature. Avec le froid qui s’estompe, les après-midi ensoleillées ravigotent les pissenlits aux bienfaits multiples. Ils envahissent les prairies. Longtemps considérés comme une adventice par les agriculteurs, sur des terres moins maltraitées, non désherbées, ils resurgissent, resplendissent. Tels des milliers de soleils miniatures, ils noient le vert des autres graminées de leurs capitules d’un jaune éclatant.
Mais s’ils sont là, c’est qu’ils ont leur utilité culinaire, leur place dans la biodiversité. Redevenus à la mode, on en trouve sur les marchés. Des paysan-e-s à la retraite en proposent. D’autres, souvent installés en bio en cultivent et vendent leur production. Cela m’a fait sourire car jamais au grand jamais, je n’aurais songé à acheter du pissenlit tant il était naturel de le cueillir à l’état sauvage comme le faisait ma grand-mère puis mon père.

Grâce à ses aigrettes légères que le vent emmène, les pissenlits s’enracinent n’importent où : ici dans une rocaille à côté des jacinthes.
Même âgée, elle s’en allait faire sa cueillette. Une pioche à la main, elle trottait vers la vigne et extrayait les pissenlits sans les déraciner tout en prenant soin de ne pas détériorer leurs cœurs aussi blancs qu’une endive. Et, elle qui n’avait jamais été chez un dentiste pouvait en manger, tant ils étaient moelleux. Elle savait les choisir et s’en régalait. Mon père aussi adorait ce premier bienfait de la fin d’hiver. Il les croquait à pleine gueule au risque de s’étrangler. Il refusait de les couper, les avalait petit à petit comme le font les équidés. Cela le faisait rire, car nous le guettions tous.
Donc j’adore les pissenlits. En salade, leurs goûts s’approchent de celui de l’épinard, fruité, croquant avec un brin d’amertume. Ils font saliver, musclent la mâchoire. Rien à voir avec la doucette, plus suave moins parfumée, très douce. Cependant elle dépasse de loin toutes les salades insipides que l’on achète qui n’ont plus que le goût de l’eau et ont si peu de consistance. Poussées sous serre, arrosées à outrance, elles profitent vite et deviennent énormes mais y perdent leur personnalité. Quelle que soit la salade choisie, on est souvent déçu.

L’hiver très pluvieux a dopé les plantes : les pissenlits revigorés en ont aussi profité.
Un plat de saison à ne pas manquer… en omelette
Comme tous les légumes, les pissenlits ont une durée de vie limitée. Cueillis tendres on en fait des salades typées. Si on souhaite un plat plus copieux, on y ajoute des œufs cuits durs ou mollets, des tranches de ventrèche salée. Dès qu’ils commencent à monter en boutons qui ne tarderont pas à se transformer en fleurs, l’amertume s’accentue. Mais il est encore tant d’en profiter. Il suffit de ramasser quelques poignées de boutons, de les nettoyer et de les cuisiner en omelette.
La tradition veut qu’on les fasse rissoler avec des lardons, pour les saler et les parfumer. Pendant qu’ils rissolent casser des œufs – compter deux œufs par personne – dans un saladier et les battre en omelette. Y incorporer les boutons de pissenlits puis remettre le tout dans la poêle et cuire l’omelette à son goût, baveuse ou plus consistance. Cela rappelle l’omelette à l’oseille : un délice.
… en confiture
Il suffit d’attendre que les pissenlits soient bien fleuris et de cueillir les capitules. Une grande quantité s’impose car elles ne pèsent pas. Elles permettent de faire une confiture peu coûteuse, bien parfumée, liquoreuse et colorée, qui n’est pas sans rappeler le miel. Elle atteint sa quintessence dans des crêpes.

Avec les fleurs bien épanouies, cueillies lors d’une journée ensoleillée on peut faire de la confiture – dite crémaillotte – aussi délicieuse qu’un miel.
Mais aussi au jardin comme purin
Outre ses qualités culinaires, la plante trouve aussi son utilité au jardin. Elle s’utilise en totalité : racine, feuilles et fleurs. Grâce à sa précocité, elle permet de réaliser un purin de pissenlits – un bon stimulant général et efficace contre les maladies cryptogamiques des arbres fruitiers – que l’on peut faire très tôt avant que les autres plantes – ortie, fougère ou consoude – ne poussent. Pour plus d’informations lire : Je prépare mes potions pour le jardin de Brigitte Lapouge-Déjean et Serge Lapouge – éditions Terre Vivante.
Te voilà savante Lola
Et pour finir sur ce thème, je veux faire un clin d’œil à mes filles lorsqu’elles ne savaient pas encore lire, ce qui ne les empêchait pas d’adorer les histoires – dont celle de Lola qui en compagnie de son papa campagnol découvre les mystères de la vie d’un pissenlit. Ce livre drôle d’Yvan Pommaux, aux illustrations savoureuses explique comment la vie se perpétue, comment les plantes s’adaptent et savent se servir des opportunités qui s’offrent à elles alors qu’elles ne se peuvent pas se déplacer.

