Voilà une dénomination qui me turlupine : L’herbe aux femmes battues ! Bon sang que cache-t-elle de si terrible? De nature curieuse, je me demande d’où provient une métaphore si explicite et sur quoi elle se fonde. L’imaginaire populaire parfois fécond, quelquefois détonne.
Au printemps, il n’est pas rare de rencontrer cette plante. Sans être botaniste, elle se repère facilement. Comme une liane, elle cherche un appui : le chèvrefeuille est son plus proche ami. Mais opportuniste, elle peut choisir d’autres arbustes ou même s’agripper sur une tige de bois mort. Elle se déroule, puis s’enroule jusqu’à former une pointe, semblable à celle de l’asperge. Plus tard viendront les fleurs assez petites puis les fruits rouges en grappes bien fournies.
Et le plus étonnant c’est que certains promeneurs – notamment une infirmière encore en blouse blanche, sa voiture garée sur le bas côté – prend le temps de cueillir ses extrémités qui ressemblent à des pointes d’asperges. Renseignement pris, des autochtones – lotois ou aveyronnais – aiment s’en régaler. Ils adorent les répounchou. Mieux, certains médecins recommandent d’en manger afin de lutter contre la formation de calculs rénaux. Elle se cuisine comme de l’asperge : bouillie et en salade ! Beurk l’amertume domine ! Pas de quoi se délecter ! Bon la recette peut être améliorée en accompagnant cette plante sauvage de pommes de terre et de béchamel ou en omelette.
Il paraît opportun d’en savoir plus. Surprise : cette plante n’est pas inoffensive. Ses bienfaits ne font plus l’unanimité. Comme certains champignons – par exemple les helvètes crépues ou les gyromitres proches des morilles – il vaut mieux se montrer circonspect et se dispenser d’en goûter !
Raisin du diable ou sceau de Notre-Dame
Pire, ce tamier commun (Dioscorea communis)qui possède plusieurs dénominations dont certaines ont de quoi inquiéter – haut liseron, racine-vierge, vigne noire, herbe aux femmes battues, raisin du Diable ou sceau de Notre-Dame – a mauvaise réputation. Réputée toxique – toute la plante l’est sauf les jeunes pousses – elle n’a pas que de mauvais côtés. Autrefois, sous forme de mixture, elle servait à soulager. D’après un article de wikipédia « la racine était employée en médecine populaire pour soigner les contusions et les meurtrissures. » Elle apaisait les blessures et les bleus occasionnés sous entendu aux femmes battues.
Bigre ! Dire que les femmes se sont pris ou se prennent des coups n’est pas qu’une vue de l’esprit. De là à considérer que le droit de battre sa femme prend racine dans le temps et repose sur des antécédents y a qu’un pas ! Comme quoi le nom d’une plante loin d’être anodin peut révéler bien des facettes des mentalités et des mœurs humaines.
Ceci dit L’herbe aux femmes battues annonce le printemps. Elle prolifère dans les sous bois, s’accommode d’un sol calcaire, peu riche. Et la présence de cette vivace s’étend jusqu’à l’automne.
- L’herbe aux femmes battues
- Seules les jeunes pousses ne sont pas toxiques
- Bâtie comme une liane, elle s’agrippe le long de la tige d’un chèvrefeuille
- Herbes aux femmes battues en fleurs
- Les pointes d’asperge ont laissé place à de jolies petites floraisons jaune pâle
- Puis viendront les baies toxiques





