Ce matin du 26 janvier, au lever du jour, le soleil ne pointait pas encore à l’horizon mais le givre recouvrait sol, plantes et arbustes. Un spectacle magique : grandeur nature, une aquarelle givrée. Rares sont les nuits glaciales : cependant depuis quelque temps, le gel s’immisce, persiste quelques heures durant. Moins sept indiquait le thermomètre. Cela ne donnait pas envie de sortir malgré la beauté du paysage. Plutôt remettre en route le poêle et se prélasser tout contre. Cependant la tentation était là : marcher sur cette terre glacée et se promener dans un décor inédit, l’appareil photo autour du cou. Figer ces moments qui passeraient vite, éradiquer la morosité que fait naître la persistance de la covid à embrumer nos vies. Se confronter à l’air froid et humide pour s’oxygéner, tant-pis si les pieds se glaçaient et les doigts s’engourdissaient et peinaient à se réchauffer. Profiter de ces cadeaux naturels, de cette beauté éphémère liée à une aube décolorée – grandeur nature : une aquarelle givrée .
Les frimas nappaient la vallée, s’échappaient, s’enroulaient autour des collines, les masquaient. Par vagues, ils submergeaient les bosquets alentours remodelant l’espace, perturbant les couleurs habituelles. Le soleil peinait à s’imposer à travers des nuages aux couleurs suaves qui se mélangeaient. Par moments, il les irisait. Alors elles dansaient, virevoltaient, se complétaient, s’harmonisaient suspendues au-dessus de la vallée encore inondée des pluies des jours précédents tandis que les brumes ivoire et opaques amputaient son territoire. À onze heures tout était fini. La terre avait dégelé, les pépites de givre avaient fondu. Mémoire volatile, le brouillard s’était estompé. Le soleil s’affirmait. Restait le souvenir d’un moment de sérénité et ces quelques photographies.