American predator n’est pas une fiction. Ce livre décortique la réalité d’un criminel hors norme qui des années durant a sévi dans divers états américains. Maureen Callahan entend comprendre comment un tueur en série a pu non pas s’innocenter mais échapper à toute justice. Pour cela, elle enquête, consulte des milliers de documents, interroge les divers protagonistes impliqués dans une enquête exponentielle afin de retracer le parcours d’un psychopathe hyper-organisé et calculateur.
Tout commence à rebours le premier février 1992 : l’enlèvement d’une jeune adulte Samantha Koenig, dix-huit ans à Anchorage. Étudiante, pour financer ses études, elle bosse dans un café de bord de route où elle sert des clients qui ne descendent pas de leur véhicule. Après son travail, elle ne rentre pas chez elle. Pour quelles raisons ? A-t-elle fugué en emportant la caisse ? A-t-elle été victime d’un prédateur occasionnel ? Les policiers tâtonnent.
La disparition de Samantha
Payne, agent du FBI qui connaît bien le territoire sur lequel il enquête et ses habitants est sollicité. Il ne croit pas en la version envisagée : Samantha aurait disparu après avoir volé la caisse. Et durant toute cette première partie, l’auteure retrace les pensées de Payne. « Payne connaît bien ses petits stands de café en bord de route, où travaillent des jeunes femmes, souvent seules, à qui on demande de se mettre en bikini pour servir les clients l’été. Ces filles n’ont pas une vie facile et Payne se doute qu’elles ne roulent pas sur l’or. Et puis, où pourrait bien aller une adolescente un mercredi soir, par une nuit sombre et glaciale ? »
L’enquête se poursuit. « Toute a journée, la police d’Anchorage (Alaska) cherche à glaner le plus d’informations possible sur Samantha sans parvenir à dégager la moindre piste intéressante. » Puis l’inspectrice Doll du poste de police annonce que la vidéo de surveillance que le propriétaire du café a transmise vient d’être visionnée. Une caméra a filmé le rapt ou tout du moins les dernières minutes durant lesquelles Samantha a été vue.
« À 5 minutes 19 dans le fichier vidéo, un homme imposant se penche alors à l’intérieur du café. On ne voit pas exactement ce qui se passe, mais on dirait qu’il lui attache les mains dans le dos. Deux minutes de plus s’écoulent – ça n’a l’air de rien, dit comme ça, mais quand on se tient avec une arme à la main devant une petit café assez fréquenté situé sur le parking d’un immense gymnase et une route très passante, deux minutes, c’est extrêmement long.
Ce type-là, soit il sait ce qu’il fait, soit il connaît Samantha, estime Payne.»
Une recherche complexe
Le ton de l’enquête, sa difficulté, l’analyse de tous les détails, les hypothèses qu’elles sous-tendent, les remarques de chacun des policiers qui s’impliquent jour et nuit montrent toute la complexité de la recherche. Pour le père de Samantha, sa fille a été enlevée. Peut-elle l’avoir été par Duane, son petit ami avec lequel elle s’était disputée auparavant ? Rien n’est exclu d’autant que douze jours plus tard une demande de rançon de trente mille dollars arrive. « L’affaire devient donc officiellement une enlèvement, un crime fédéral. » La rançon est versée sur un compte bancaire : une manière pour les policiers de tendre un piège au fur et à mesure des retraits effectués.
Ça marche ! Si Samantha reste introuvable, des indices mènent jusqu’au Texas. Alerté, Rayburn, un Texas ranger aidé par Henry un ses collègues interpelle le conducteur d’une Ford Focus blanche. « Henry sort de sa voiture et rejoint le suspect. Le conducteur est une homme blanc d’une bonne trentaine d’années, seul. Il porte de larges lunettes de soleil. »
« Patrouille autoroutière du Texas, annonce Henry. Vous êtes du coin ?
– Non j’habite en Alaska » répond l’homme. »
Cette réplique sonne comme un coup de massue. Mais rien n’est gagné. Il s’appelle Israël Keyes. Père d’une fillette dont il a la garde, il vit avec Kimberly Anderson dans la maison de celle-ci. Les policiers la fouille. Rien ! Keyne jubile. « Après moins d’une heure passée avec Keyes, Bell et Doll quittent la pièce déccouragés. Keyes n’a rien laissé échapper qui puisse l’incriminer dans la disparition de Samantha. Il semble extrêmement confiant. »
Est-il invincible?
Commence la deuxième partie. Keyes finit par s’exprimer, par bribes lorsqu’il le veut bien car c’est un manipulateur. Combien de fois dit-il « Bref, je n’ai pas envie de parler de ça » ? : un artifice dont il use face aux policiers. Il n’ignore pas qu’ils attendent ces réponses mais se prend-il pour Dieu, il se fait prier, revendique des passe-droits. Maureen Callahan retranscrit des extraits des interrogatoires. Keyes se croît invincible, lance des défis aux enquêteurs du FBI. Ce pourrait être l’histoire ordinaire d’un gamin élevé au sein d’une communauté religieuse à l’enfance austère qui s’est engagé dans l’armée puis a créé son entreprise de construction. C’est aussi la construction psychologique de l’enfant jusqu’à devenir un tueur en série qui mutile et torture ses victimes (hommes ou femmes) et leur fait subir des sévices sexuels avant de les assassiner puis de faire disparaître leurs corps.
Combien d’années pour combien de victimes ? Keyes entretient le doute, ricane. Ce n’est que presque par inadvertance qu’il avoue où il a caché le corps de Samantha, au fond d’un lac. « C’est le seul lac dont j’ai imprimé l’itinéraire. […] Désormais, Keyes affiche un air de défi. Plus il prend de l’assurance, plus les enquêteurs présents dans la pièce perdent de la force. »

