Lire c’est rêver

À partir de cette page, Lire c’est rêver, retrouvez quelques-uns des livres qui m’ont fait rêver, je vous conseille de les lire. Lire c’est rêver mais c’est aussi voyager, découvrir, s’indigner et se cultiver.

 

Taksim moonwalk d’Emrah Serbes 

Taksim moonwalk : le récit sans complaisance d'un jeune turc.

Traduit du turc par Ali Terzioğlu et Jocelyne Burkmann

Éditions Belleville

Ce roman, écrit à la première personne par un adolescent de dix-sept ans nous immerge dans son imaginaire et sa vision de la réalité.

 

 

 


Les oiseaux de Tarjei Vesaas

Les oiseaux : l'immersion dans la réalité déformée d'un adolescent simplé et attachantTraduit du norvégien par Régis Boyer

Éditions Plein Chant

Ce livre publié en 1957 en Norvège n’a pas pris une ride : bien au contraire. L’histoire que nous conte Tarjei Vesaas reste éternelle. Deux personnages ordinaires : Mattis et sa sœur Hege. Mattis est un simplet très attachant, l’idiot du village comme on a connu autrefois, parfois pénible.

 

 

 


Brothers de Yu Hua

L'histoire de deux frères dans la Chine révolutionnaire puis dans son ouverture vers le capitalismeTraduit du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut 

Éditions Babel – Acte Sud

Brothers, ce pavé de mille pages ne lasse à aucun moment. Et lorsque pour le plaisir, l’on relit certains extraits, l’on éprouve la même jubilation. Yu Hua prend le temps de conter avec force détails l’histoire de deux frères nés dans la Chine révolutionnaire qui achèvent leur destinée dans une Chine ayant ouvert avec succès son économie au capitalisme. Bien des événements parfois rocambolesques, parfois poignants parsèment ces décennies que l’on parcourt à travers le quotidien de Li Guang et de Song Gang.

 


Le monde des hommes de Pramoedya Ananta Toer

Le monde des hommes : un livre créé en prison. L'Indonésie colonie hollandaise et la difficulté d'existerTraduit de l’indonésien par Dominique Vitalyos

Éditions Zulma

Premier tome d’une œuvre  magistrale ce roman est un chef d’œuvre. Pramoedya Ananta Toer, auteur Indonésien incarcéré pour raisons politiques, l’a d’abord raconté à ses codétenus de la prison de Buru en 1973 avant de l’écrire en 1975.

L’histoire commence en 1898 en Indonésie, colonie néerlandaise depuis trois siècles. Le narrateur s’appelle Minke :  ce n’est ni son prénom, ni son  nom mais un sobriquet dérivé de Monkey – singe – en français dont l’a affublé un colon. Une plaisanterie toujours en cours aujourd’hui : c’est dire le manque d’imagination et d’intelligence de ceux qui profèrent l’insulte. Le jeune indigène l’a adopté comme la revendication de ses origines mais aussi parce que cette anecdote révèle à quel point les colons méprisent les autochtones.


La file indienne d’Antonio Ortuño

La file indienne : des immigrés arrivent aussi au Mexique et la haine s'installeTraduit de l’espagnol-Mexique par Marta Martinez Valls

Éditions Christian Bourgeois éditeur.

Dès les premières lignes on sait qu’on va vers le pire : ce récit est aussi désespéré que J’irai craché sur vos tombes. On a presque envie de refermer le livre tant cette lecture risque de devenir inconfortable. Nous sommes tellement à l’abri. Nous ne vivons pas si mal même si les raisons de nous insurger, de nous révolter se multiplient chaque jour… Je pense à ce jeune Nantais tombé dans la Loire, le soir de la fête de la musique après une intervention policière plus que musclée…

 


L’étrangère aux yeux bleus, Unna et le miroir de l’oubli de Youri Rytkhèou

auteur tchouktche – Traduit du russe par Yves Gauthier – Editions Babel et Actes Sud

Youri RytkhèouSous forme romancée, il narre l’histoire de son peuple, une ethnie de la Sibérie soviétique. Ces éleveurs de rennes, ces chasseurs de baleines ou de morses ont été contraints de renoncer à leurs modes d’existence, puis à leurs traditions et cultures afin d’être intégrés au sein de kolkhozes et de villages. Acculturés, déracinés maints d’entre eux tout comme leurs voisins d’Alaska ont sombré dans l’alcoolisme. Trois livres à lire pour comprendre que les idéaux aussi beaux soient-ils ne ne peuvent s’enraciner sans tolérance et sans liberté. 

 

 


Quinzinzinzili : un roman féroce au titre étrange de Régis Messac

Éditions de la Table Ronde

Quizinzinzili : un roman féroce au titre étrange

Quinzinzinzili : ce titre étrange attisait ma curiosité. Intrigante, la quatrième de couverture laissait promettre de bons moments de lecture. Bon, le livre écrit en 1935 n’était pas récent. L’intrigue annoncée : une fin du monde avec seulement quelques rescapés dont un adulte et une dizaine de gamins n’était pas neuve. D’autres auteurs s’en sont inspirés, par exemple Robert Merle avec Maleville. Une phrase me décidait : « Et Messac , qui sait que la civilisation est mortelle, nous offre le spectacle d’une poignée de gosses en train de lui régler son compte. » Bigre ! pensais-je : comment des mômes peuvent-ils être aussi néfastes ?

 

 


IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’EST d’Árpád Soltész
Éditions Agullo – Traduction : Barbara Faure.

 

Lire des polards ce n’est pas que se satisfaire d’une intrigue. C’est aussi s’immiscer dans d’autres perceptions, tenter de comprendre ce qui se produit ailleurs. Par exemple : en Slovaquie dont le  sort bascule avec la fin du règne socialiste. S’en suit une transition chaotique qui enracine son pouvoir dans les méandres de la corruption. Avec son roman, Il était une fois dans l’Est, Árpád Soltész, journaliste, connu pour son travail sur le crime organisé nous plonge dans cet univers délirant, cynique, glauque. Chavire le destin de Nika. Pour cette adolescente de dix-sept ans s’achève une vie paisible et heureuse dans une famille aimante.  

 

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Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk
Traduit du polonais par Margot Carlier
Éditions Libretto

Sur les ossements des mortsConsidéré comme un polar, Sur les ossements des morts d’Olga Tokarczuk, se lit à la fois comme une œuvre poétique, une réflexion philosophique, une ode à la nature, un plaidoyer pour tous les animaux de l’insecte à la biche en passant par le sanglier. C’est aussi un cheminement au côté de William Blake, poète, graveur et peintre qui avait déjà fasciné Jim Jarnuch  dans Dead Man, un film merveilleux.

La narratrice, jeune retraitée se campe franc dans ses bottes en caoutchouc qu’elle ne quitte pas de l’hiver puisqu’elle vit dans une zone  enneigée, difficile d’accès. Janina Doucheyko ne tergiverse pas. Elle ne mâche pas ses mots. Ses propos acerbes ne vont pas toujours dans le sens du poil de la bête. Avec son franc parler, elle commente le quotidien, fait part de ses sentiments ou ses ressentiments. À propos de son voisin, Grand-pied retrouvé mort étranglé par un os de biche, elle ne cache pas son animosité à l’égard de ce braconnier qui maltraite sa chienne.

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Le cartographe des Indes boréales d’Olivier Truc

Éditions Points

Le cartographe des Indes boréalesPour qui lit des romans policiers, Olivier Truc, auteur du livre Le cartographe des Indes Boréales n’est pas un inconnu. Il a  fait valoir son talent avec la police des Rennes (Le dernier Lapon, Le détroit du loup et La montagne rouge). Les policiers des rennes officient en Laponie sur de vastes territoires. Les rennes n’en connaissant pas les frontières : des conflits s’ensuivent entre éleveurs et contraintes légales qu’ils sont sensés connaître.

Olivier Truc démontre la complexité de concilier des ressources ancestrales avec les impératifs économiques ou politiques dont le but ne vise pas toujours l’intérêt de l’être humain mais plutôt les profits à en retirer.

Les besoins des Sami élevant des rennes ( qui ont droit aux primes Pac ) s’opposent aux enjeux géopolitiques de plus grandes puissances. En effet, dans ces régions excentrées, les richesses pétrolières ou minérales attirent des exploitants peu scrupuleux. 

Face à de tels mastodontes, les peuples autochtones peinent à faire valoir leurs droits, démunis qu’ils sont de tous papiers officiels, ayant privilégié la tradition orale. Même si Le cartographe des Indes Boréales s’inscrit quelques siècles plus tôt  au XVIIe siècle : les enjeux – préludes aux problématiques contemporaines – n’en sont pas moins similaires.  

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L’hiver de la grande solitude d’Ismail Kadaré

Roman traduit de l’albanais par Jusuf Vrioni – Éditions Zulma

 

Rétrospective littéraire 20232023 m’a fait redécouvrir Ismail Kadaré ! Révélé dans les années quatre-vingt avec Chronique de la ville de pierre, j’avais oublié le bonheur que m’avait procurée cette lecture. Dans  L’hiver de la grande solitude, l’écrivain albanais ancre son propos lors de la prise de distance d’Enver Hodja à l’égard de l’URSS en 1960. Besnik est témoin de ce revirement. Engagé comme traducteur au sein de la délégation albanaise invitée à Moscou, il assiste à ce saut dans l’inconnu. En effet, son père a contribué à libérer l’Albanie et à chasser les partisans de Mussolini. Besnik, journaliste lettré,  se sent déboussolé. L’Albanie renâcle. Son président, Enver Hodja n’apprécie plus les dictats du grand frère. « Les boutades du camarade Khrouchtchev sur le blé et les peupliers d’Albanie rappellent les remarques d’un seigneur visitant de loin en loin ses domaines. » Qu’en est-il exactement ? S’en suivent des spéculations.

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Là où chantent les écrevisses de Délia Owxens

Roman traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville  – Éditions Points

 

Cela ne m’enchantait pas de lire un bouquin vendu à plusieurs millions d’exemplaires, présenté comme un best-seller. Cependant, la thématique – au cœur des marais de Barkley Civen en Caroline du Nord, la trame : une fillette abandonnée par sa mère, par ses frères puis par son père – les magnifiques descriptions et la présentation de  l’auteur Délia Owxens, diplômée en zoologie et en biologie valaient bien une exception. Et quelle exception !  D »emblée, l’on est comblée ! « Kya, alors âgée de six ans, entendit claquer la porte à moustiquaire. Juchée sur un tabouret, elle cessa de récurer les restes de gruau de maïs collés à la marmite et la plongea dans l’eau savonneuse déjà sale de la cuvette. Aucun son à présent, rien que sa respiration. Qui venait de quitter la cabane ? » Sa mère venait de s’enfuir sans donner aucune explication à quiconque. Comment allait-elle survivre ? 

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Le cri du Kalahari de Mark et Delia Owens

Roman traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Lord – Éditions Points

Bien loin du roman de fiction, cet ouvrage écrit à deux mains – par Mark et Delia Owens – diplômés de biologie et de zoologie conte leur défi et leur quotidien au sein du désert de Kalahari, un territoire inexploré du Botswana où les animaux sauvages vivent en paix. Delia et Mark veulent étudier les mœurs des hyènes brunes. On ne résume pas vingt trois ans d’une vie passée à comprendre comment survivent lions, hyènes brunes et autres animaux dans un milieu parmi les plus hostiles. Les deux diplômés pour satisfaire leur passion acceptent de se passer de tout confort. Ils résident au plus près d’une nature pour mieux en approcher ses habitants. Parfois, cependant, le hasard ou des rencontres avec d’autres solitaires pallient les désagréments, concourant à sauver les deux intrépides renforcés dans leur détermination.

 

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L’instant décisif de Pablo Martín

Roman traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu – Éditions Zulma

 

Fascinant, raffiné ce livre est bâti comme un patchwork. Une structure plurielle enrobe six protagonistes dont les destins se croisent sur une seule journée le 18 mars 1977. À partir de sa date de naissance, Pablo Martín Sánchez fait un clin d’œil à une histoire privée et officielle. Franco vient d’être enterré ! Ses idées qui ont pris racine ramifient encore. « Que je regrette l’époque où nous avions cuisinière, nourrice et bonne à tout faire… Aujourd’hui la domesticité n’a plus aucune classe. Seul l’intéresse le vil métal. » Pourtant une autre Espagne émerge à l’image de Clara : une adolescente maligne, intelligente. Captivée par le sens des mots, elle n’hésite pas à ouvrir le dictionnaire. Ce jour-là, elle fait l’école buissonnière. Son rêve – elle adore les animaux – devient réalité lorsqu’elle libère Solitario VI, un lévrier en proie à d’horribles cauchemars. C’est le coup de foudre, la fuite dans la ville jusqu’à la plage.

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La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

Le Livre de Poche

Que dire d’un livre qui a reçu le prix Goncourt ? Déjà, l’écrivain, Mohamed Mbougar Sarr, né  en 1990 est jeune. Il n’édulcore pas ses origines sénégalaises, y puise un thème  d’inspiration :  le colonialisme. Que ressent un peuple souverain devenant vassal ? En effet, avant l’arrivée des colonisateurs, les habitants des pays colonisés vivaient selon leurs règles, leurs lois, faisaient preuve de solidarité, éduquaient leurs enfants. Ils puisaient dans leurs cultures existantes une richesse différente, élaborée, solidaire. L’intrusion, puis la domination qu’elle soit militaire ou qu’elle emprunte la force culturelle et économique éradiquent des racines, perturbent un équilibre. C’est la première force de ce livre que de rendre compte de ces déchirements.

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La lectrice disparue de Sigrídur Hagalín BJÖRNSDÓTTIR

Editions Babel – Actes Sud

Roman traduit de l’islandais par Eric Boury

Lectures choisies 2024 : la lectrice disparue

L’intrigue est simple. Edda, jeune blogueuse islandaise, La lectrice disparue, s’enfuit en laissant son bébé de trois jours. Rien ne justifie son geste. Elle n’a laissé aucune explication : que ce soit à son mari, à ses mères ou à son demi-frère. Pourquoi ces mères ? C’est là où l’auteure fait preuve de créativité et offre une perspective généreuse. Tout commence une vingtaine d’années plus tôt. Comme le confie Ragnheiður« Tout histoire a un début et une fin. Nous sommes allés un peu trop vite en besogne pour raconter celle-ci. Commençons plutôt par le commencement. » Celle qui narre dans dans des chapitres intitulés Ici a été victime d’un AVC. Installée face à une fenêtre ou une baie vitrée, elle ne s’exprime plus. Ce sont ces pensées qui défilent.

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De La perle vers Les raisins de la colère

de John Steinbeck

C’est en rangeant ma bibliothèque, histoire de dépoussiérer les livres – jamais plus d’une fois par an – que je suis tombée sur La perle de John Steinbeck. Je l’avais lue de longues années auparavant. L’histoire m’avait plu. Je replongeais et l’avalais d’une traite. Charmée par cette écriture poétique, s’inspirant d’une légende – Kino, un pêcheur de perle ramène la plus grosse perle jamais dénichée.  C’est le prélude à tous les rêves possibles que peuvent avoir Kino et sa femme Juana pour leur bébé Coyotito. Pour cette pauvre famille indienne, c’est aussi le commencement des déboires ; cette perle attire la convoitise des blancs : médecin, marchands – et de la malédiction. Une fois cette lecture achevée, je décidais de relire Les raisins de la colère du même auteur.

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Le docteur Jivago

De Boris Pasternak

Bien qu’étant adepte de la littérature russe, je n’avais pas encore lu le docteur Jivago de Boris Pasternak. Pourquoi ? Difficile de savoir ! Mais le titre me disait quelque-chose. Sans doute me rappelait-il le film du même nom. Le docteur Jivago : au cœur de l'humain

Dès les premières lignes, je suis séduite. Le docteur Jivago : au cœur de l’humain s’enrichit d’ une écriture simple, riche en sensations. Les personnages émergent à peine définis : portraits d’un instant, d’un moment de vie qui plus tard forgera une personnalité et prendra toute sa place dans une histoire qui s’enracine dans une austère réalité. Comme une peinture impressionniste. « Tant que sa mère avait vécu, Ioura n’avait pas su que son père les avait abandonnés depuis longtemps, qu’il voyageait sans cesse en Sibérie et à l’étranger, qu’il faisait la noce, et qu’il avait semé aux quatre vents tous leurs millions.« 

Nous sommes au début du XX ième siècle. La première insurrection révolutionnaire de 1905 n’a pas abouti. Cependant elle a semé sur son chemin des graines hétéroclites qui ne demandent qu’à germer. Le combat idéologique entre marxistes, anarchistes ou russes blancs ne passe pas par le dialogue mais par l’exclusion, voire la prison, le bagne, les exécutions sommaires.

 

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