Adieu le buis on t’aimait bien

Dans le Lot les buis font partie du paysage.
Voûte de buis

Taillés les buis formaient de belles voûtes sous lesquelles les animaux trouvaient une ombre fraîche.

La pyrale du buis se gave du suc des fleurs du tilleul

La pyrale du buis se gave du suc des fleurs du tilleul

Adieu le buis on t’aimait bien. C’est un crève-cœur que d’écrire cette phrase. Omniprésents, ils luisent et bruissent quelle que soit la saison. Abris appréciés des oiseaux – des merles en particulier – leurs voûtes ombragées protègent le sol de l’érosion. Taillés, ils forment des haies parfois infranchissables, esthétiques et douces au toucher. Leur humus convient aux tricholomes de la Saint-Georges ou aux coulemelles qui poussent sous leurs branches tombantes à l’orée de la lumière. Aujourd’hui cet écosystème est en train d’être détruit : bêtement ! Adieu le buis on t’aimait bien ! Hélas, il a suffi d’un papillon venu d’Asie, entré en fraude en Europe et tout un équilibre est menacé. Arrivée de Belgique, la pyrale du buis a proliféré. Insatiable elle a poursuivi son avancée vers le Sud. Au début, on pense sincèrement pouvoir en venir à bout : au printemps, on détruit les premières chenilles à la main. On croit le danger passé.

Une pyrale dévastatrice

Hélas quand vient l’été prolifèrent les papillons blancs au bout des ailes auréolé de brun. Des milliers de papillons tels des flocons de neige volètent partout, puisent le suc des fleurs du tilleul ou des fleurs sauvages des prairies. En nuée, ils se déplacent dès qu’on les dérange, ils se posent un peu plus loin. Puis on les remarque dans les buis où discrets ils finissent par pondre. Vient l’accalmie : ils ont disparu. L’été s’installe et on découvre avec horreur que les buis se dessèchent. Leurs petites feuilles vertes se racornissent, brunissent, et leurs branches se dénudent.

Des êtres humains impuissants

Les ravage de la pyrale du buisPar milliers tombent de petites chenilles pendues à des fils telles des toiles d’araignées qui descendent vers le sol.

Sous le soleil implacable d’un été intense en températures bloquées aux alentours de trente degrés, l’œuvre de destruction se décline au fil des jours.  Impossible les ballades dans des allées de buis sur le Causse ou le long des rives du Célé, partout les chenilles barrent le passage ! Fini les havres de fraîcheur – Coquette l’ânesse savait se glisser sous des buis de plus de deux mètres de haut et se protéger des insectes grâce à cette ombre bienveillante. Ils ne sont plus que des squelettes. On a envie de pleurer comme lorsqu’on perd un parent, un ami, un chien ou un chat aimé…

 Quelque-chose s’achève

Un décor s’écroule qui participait à la plénitude et à la beauté d’un Causse aride, à présent déboisé avec des coteaux ou des plateaux entiers marron roussâtre. Pourtant les conseils ne manquaient pas – la lutte mécanique ou les pièges à phéromone ou un insecticide végétal de préférence. OUI mais : peut-être que cela est efficace si on ne possède que quelques spécimens décoratifs ! Par contre si c’est tout un espace boisé qui couvre des hectares et des hectares on ne peut rien faire. Il aurait fallu une action-prévention à une échelle nationale dès les premières invasions. Hormis les conseils : rien ! Pas d’anticipation, pas de réaction si ce n’étaient des commentaires désolés…

Et pas vraiment intelligents
Buis moribondsCeux qui savent si bien prendre des décisions, ceux qui savent aussi si bien nous sermonner, ceux qui n’hésitent pas à mettre des millions pour des projets obsolètes – routes aéroports – avant d’avoir été terminés ont choisi de ne rien faire.

Advienne que pourra. Après eux le déluge cependant il n’y a plus de Noé pour sauvegarder les espèces menacées… les buis peuvent crever comme peuvent disparaître les abeilles. Cela n’affole pas la finance et ceux qui sans cesse l’encense. Même si on en sauve quelques-uns la pyrale sans prédateurs – enfin presque car les gallinacés raffolent de ce papillon : qui sait si la solution ne consisterait pas à mettre en liberté sur les terres infectées toutes les volailles élevées dans des poulaillers industriels – reviendra puis ira plus loin jusqu’à ce s’ensuive la mort de son arbuste nourricier. Et dire que tout cela a commencé parce qu’un touriste a cru malin de ramener un buis d’Asie… Comme quoi l’activité touristique de masse – aller vite et n’importe où quel qu’en soit le prix à payer pour l’environnement nuit aussi. Vraiment l’être humain n’est pas un animal intelligent. Adieu le buis on t’aimait bien !

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