Fascinant, raffiné ce livre, L’instant décisif est bâti comme un patchwork. Une structure plurielle enrobe six protagonistes dont les destins se croisent sur une seule journée le 18 mars 1977. À partir de sa date de naissance, Pablo Martín Sánchez fait un clin d’œil à une histoire privée et officielle. Franco vient d’être enterré ! Ses idées qui ont pris racine ramifient encore. « Que je regrette l’époque où nous avions cuisinière, nourrice et bonne à tout faire… Aujourd’hui la domesticité n’a plus aucune classe. Seul l’intéresse le vil métal. »
Pourtant une autre Espagne émerge à l’image de Clara : une adolescente maligne, intelligente. Captivée par le sens des mots, elle n’hésite pas à ouvrir le dictionnaire. Ce jour-là, elle fait l’école buissonnière. Son rêve – elle adore les animaux – devient réalité lorsqu’elle libère Solitario VI, un lévrier en proie à d’horribles cauchemars. C’est le coup de foudre, la fuite dans la ville jusqu’à la plage.
Je n’en dirai pas plus
Chut ! je n’en dirai pas plus. Ce roman ne se raconte pas. C’est un prodige d’écritures, d’humour, de malices, d’inventivité. Le récit de chaque protagoniste vaut son pesant d’or. L’écriture de l’auteur se calque au plus près de la personnalité émergente. Chaque narrateur dans un langage soigné et subtil apporte sa vision, ses fantasmes ou ses désirs de l’Espagne post-franquiste. Il faut savoir que l’auteur a du répondant. Membre de l’Ouilipo il joue avec les mots et les imbroglios avec brio. À lire pour se faire plaisir, pour s’étonner !