Cela ne m’enchantait pas de lire un bouquin vendu à plusieurs millions d’exemplaires, présenté comme un best-seller. Cependant, la thématique – au cœur des marais de Barkley Civen en Caroline du Nord, la trame : une fillette abandonnée par sa mère, par ses frères puis par son père – les magnifiques descriptions et la présentation de l’auteur Délia Owxens, diplômée en zoologie et en biologie valaient bien une exception. Et quelle exception ! D »emblée, l’on est comblée ! « Kya, alors âgée de six ans, entendit claquer la porte à moustiquaire. Juchée sur un tabouret, elle cessa de récurer les restes de gruau de maïs collés à la marmite et la plongea dans l’eau savonneuse déjà sale de la cuvette. Aucun son à présent, rien que sa respiration. Qui venait de quitter la cabane ? » Sa mère venait de s’enfuir sans donner aucune explication à quiconque. Comment allait-elle survivre ?
L’abandon ou le traumatisme d’une vie
Désormais, la fille des marais survit seule avec un tourment et un traumatisme : pourquoi a-t-elle été abandonnée ? Cependant, elle se débrouille avec comme atouts : une barque, sa capacité d’observation, d’adaptation. Quelques amis la soutiennent. Jumping et Mabel l’aident discrètement, sans offenser sa fierté. Tate devient son enseignant. Mais lui aussi part poursuivre ses études. Tiendra-t-il sa promesse ? Reviendra-t-il ? « Le lendemain soir, alors qu’ils étaient assis sur la plage, les vagues mourantes venant chatouiller leurs orteils nus, Kya se montra loquace… et Jodie (son frère) semblait attentif à chaque phrase. D’abord, le jour où Tate lui avait montré comment rentrer chez elle quand, petite fille elle s’était perdue dans le marais. Ou le premier poème que Tate lui avait appris à lire… Il avait été son premier amour mais il l’avait quittée en partant pour l’université, la laissant plantée sur le rivage de sa lagune. »
Le marais : bouée de sauvetage
Le marais devient le monde de Kya, sa bouée de sauvetage face à l’imprévisibilité des êtres humains : en particulier de Chase Andrews en qui elle avait cru et dont elle a découvert la violence cachée. Kia fait face. Elle ne sombre pas même lorsqu’elle se retrouve accusée du meurtre de Chase. « On lui avait passé les menottes par devant, ce qui forçait ses mains à garder une étrange position de prière. Vêtue d’un pantalon noir et d’un chemisier blanc tout simples, une tresse unique tombant entre ses omoplates, elle ne se retourna pas pour regarder le public. Pourtant, elle sentait la chaleur et le mouvement des gens qui se pressaient dans la salle du tribunal pour assister à son procès pour meurtre. »
Une peintre reconnue
Cette observatrice hors pair, devenue artiste talentueuse peint le monde sauvage qui l’entoure : oiseaux et fleurs. Elle ne vacille pas forte de sa solitude, de sa capacité à surmonter les obstacles. Kya sait qu’elle a moins à craindre du marais que de certains hommes qui habitent à proximité. Heureusement la fillette, puis l’adolescente et enfin la femme a su pérenniser les amitiés et les soutiens que lui ont apporté des gens modestes mais sincères. Confiants en la fillette qu’ils ont vu grandir, ils ne la laissent jamais tomber. Malgré certains passages un peu longs, on ne lâche pas ce récit superbement écrit dont le suspens se prolonge jusqu’à la dernière ligne.