Le mystère Nerval de Diane Morel se passe dans la France fin dix-neuvième siècle, à Paris. Le poète Gérard de Nerval fait une crise de folie à la suite de l’assassinat de celle qu’il aimait, dont il peine à se souvenir si ce n’est qu’elle a des yeux noirs. A-t-il inventé ? Est-il l’assassin ? Son ami Théophile Gauthier tente de répondre. « Les sentiments que Gérard éprouve sont réels. Ils sont une des sources auxquelles il puise sa merveilleuse écriture, son inspiration, ses vers les plus tendres…Mais ces amoureuses dont il parle sans cesse existent-elles dans la réalité ? …J’en suis venu à douter. »
Il est interné de force à la clinique Blanche. À la demande de son père Esprit Blanche, Émile prend en charge ce patient atypique. Émile n’est pas encore médecin, seulement étudiant mais d’emblée, avec l’aide de la pétillante et intrigante Séverine, il gagne la confiance de son malade fortement perturbé.
Tout en poursuivant ses études, Émile mène l’enquête pour comprendre ce qui est arrivé réellement à Gérard de Nerval, poète atteint d’une maladie peu connue : celle du besoin de marcher. C’est en marchant qu’il trouve son inspiration.
Superpositions d’approches, d’accroches
Diane Morel ne décrit pas seulement une enquête policière qui très vite se complexifie. Émile assisté par Séverine – employée dans la maison Blanche – sillonne Paris afin de résoudre l’énigme du meurtre d’une jeune femme dont le corps retrouvé finit à la morgue. La morgue explique Diane Morel était alors un lieu de curiosité où les parisiens se rendaient les jours de congé.
En effet, son roman grouille d’informations spécifiques sur la façon de mener une enquête de police mais aussi sur le milieu médical – autant d’accroches qui se superposent. Elle décrit aussi le milieu étudiant ainsi que la réalité du métier de médecin et en particulier le traitement des malades mentaux.
« Je sortis mon aiguille recourbée et du fil. Je m’entrainais plus souvent sur des cadavres que des êtres vivants, mais je n’avais aucune intention de laisser un autre que moi s’occuper de mon patient. Après avoir passé l’aiguille à la flamme, je tendis la bougie à Séverine. « Éclairez-moi. » Je commençais à le recoudre. »
Conflit de génération
Émile en désaccord avec son père l’affronte : un conflit de génération. Le fils se rebelle contre ce père décidé à lui tracer son destin. « Êtes-vous bien sûr que je vais supporter ce ton arrogant, jeune-homme ? »
Ces deux mots étaient lourds de menace. Légalement, du haut de mes vingt ans, j’étais encore mineur selon le code en vigueur. Mon père pouvait donc m’envoyer en prison sur un coup de tête, juste pour me donner une leçon. » Émile ne s’incline pas pour autant. Malgré des déconvenues – en particulier lors d’une séance de magnétisme, en vogue à ce moment là – usant de soutiens, faisant preuve d’inventivité, il poursuit sa recherche déterminé à aller au bout du mystère.
Tribulations de jeunes poètes
Ces quêtes le mènent au plus près des tribulations des poètes qui détonnent, chacun ayant sa personnalité mais tous étant solidaires. Théophile Gauthier, le dandy aux longs cheveux, Pétrus Borel dit le lycantrope, traducteur de Robinson Crusoé font l’objet de descriptions dans un style poétique.
La place non reconnue des femmes dans le domaine scientifique, littéraire ou journalistique s’inspire de femmes ayant existé. « Delphine de Girardin finissait un feuillet. Ses longs cheveux blonds et bouclés, détachés, flottaient dans son dos. Dès notre arrivée, la jeune femme posa la plume et se leva. À mon grand désarroi, elle n’était vêtue que d’un déshabillé vaporeux. Elle vint embrasser sans manière Théophile. Leurs yeux pétillaient tandis qu’ils se bécotaient avec familiarité. »
L’autrice Diane Morel, parfaitement documentée – ses repères bibliographiques à la fin de l’ouvrage sont impressionnants – nous immisce dans ce monde en évolution, prémices des changements à venir : la contestation de la suprématie masculine, de l’autorité du père, l’émancipation féminine à l’image de Georges Sand, la médecine qui commence à se préoccuper d’hygiène ou encore la prise en compte de la maladie mentale.
