2026 – pour ces lectures choisies – commence avec un vieux roman de sciences fiction Nous qui n’a rien perdu de sa fraîcheur et de son opportunité. S’ensuit une œuvre romanesque Le chien des étoiles de Dimitri Rouchon-Borie où la tendresse et la générosité côtoient la dureté et l’égoïsme. L’appel des odeurs – recueil de nouvelles entremêlé de citations explore un sens négligé l’odorat. Je pleure encore la beauté du monde de Charlotte McConaghy, une valeur sûre qui s’inspire du roman policier mais où la connaissance des mœurs des loups, la beauté et la précision des descriptions que ce soient les personnages ou les paysages offrent un plus.
Nous d’Eguevi Zamiatine
Ce roman de sciences fiction Nous d’Evgueni Zamiatine écrit au début vingtième siècle n’en reste pas moins un chef d’œuvre qui n’a rien perdu de sa pertinence. Bien au contraire ! Evgueni Zimiatique en prophète décrit une société dans laquelle la liberté n’existe plus. Pire encore ses citoyens ne s’en inquiètent pas. Ils se satisfont du monde qu’on leur propose.
Mais au fait, sommes-nous si loin de ce monde là ou ce monde-là ne ressemble-t-il pas à celui dans lequel nous évoluons ? Les progrès informatiques vont crescendo – avec entre autres les inconnues que fait naître le développement exponentiel de l’Intelligence Artificielle. L’incertitude géopolitique engendre des pouvoirs hégémoniques croissants de dirigeants qui s’appuient sur des principes dictatoriaux.
Il n’y a pas que le thème abordé qui est novateur (il sera par la suite repris par maints romanciers – 1984 Orwell – Le meilleurs des mondes Huxley) l’écriture hachée, synthétique n’en est pas moins surprenante.
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Le chien des Étoiles de Dimitri Rouchon-Borie
Ce roman, Le chien des étoiles de Dimitri Rouchon-Borie estomaque. Bien écrit : on se délecte. Le rythme, l’intensité du récit, à aucun moment ne faiblissent. Le choix des mots imagés reflètent les personnages. Ce sont trois jeunes – Gio, vingt ans – Dolorès une adolescente aux jolies » pêches » et Papillon un gamin, muet qui cependant sait se faire comprendre.
Gio, en quittant l’hôpital – suite à une blessure à la tête : un coup de tournevis retourne chez ses parents. Ils l’installent dans un mobile-home à côté de leur cabane. Pendant son absence est arrivée une adolescente sans complexe. « Une gamine ondule jusqu’au nuage des retrouvailles. Elle a mis des souliers roses et ses cheveux sont blonds. […] Elle s’accroche aux bras de Gio et elle minaude.
Nino s’énerve.
– Petite, t’en vas pas réchauffer comme ça un soldat qui rentre du front. Il a fait six mois d’hosto, il doit avoir les grenades dégoupillées. Fils, c’est comme de la famille, maintenant, cette gamine, même si on l’a récupérée par dette. »
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L’appel des odeurs de Ryoko Sekiguchi : un livre à part
Ce recueil de nouvelles, au fil des pages s’irise de parfums, s’en imprègne et s’articule autour du thème des odeurs. Chaque récit – quelques pages – met en scène une narratrice qui exprime sa relation avec les odeurs. Elle pointe sa recherche philosophique, sa vision poétique du parfum : un sens sinon délaissé du moins négligé. À quoi correspond une odeur ? répète souvent l’autrice. Pourtant celles-ci nous imprègnent, nous définissent, renvoient à une part de notre histoire : enfance, adolescence ou âge adulte et enfin la mort. Ne parle-t-on pas de l’odeur de la mort ? Quelque-chose d’abstrait, d’intime, de douloureux.
Éloge de l’odorat
A contrario, Ryoko Sekiguchi dépeint la souffrance ressentie suite à la perte de l’odorat : l’anosmie – mot peu usité, découvert durant la pandémie liée à la COVID. Telle un deuil, elle modifie l’existence. « Elle avait déjà pensé qu’en cas d’anosmie, elle ne pourrait plus sentir les autres, mais elle n’avait pas imaginé qu’il lui serait impossible de sentir sa propre peau. Elle n’était plus sûre de sa présence. Existait-elle vraiment ? »
Cet éloge de l’odorat – outre de petites comptines – s’accompagne de réflexions de la narratrice ou de citations piochées dans divers ouvrages qui s’entrelacent. Amenées par une écriture plus poétique, composées de phrases brèves présentées en italique elles s’étalent sous forme d’interrogations, de réflexions.
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Je pleure encore la beauté du monde de Charlotte McConaghy
Bien que l’histoire ne se déroule pas en Australie mais dans les Highlands, en Écosse, ce roman policier est écrit par une auteure australienne Charlotte Mc Conaghy.
Ce livre Je pleure encore la beauté du monde – devenu un best-seller – comprend tous les ingrédients susceptibles de le rendre attachant, addictif. L’histoire se déroule en plusieurs temps. Des chapitres en immersion dans le passé de la narratrice alternent avec le moment présent. Cela fonctionne bien.
D’emblée, la narratrice, Inti Flynn fascine.
Gamine, avec sa sœur jumelle, Aggie elle réside en partie avec son père au milieu de la forêt de la Colombie Britannique. Ce père tente de vivre de manière autonome. Il leur inculque l’amour de la nature, le respect des autres êtres vivants. On ne tue que pour manger. On tue en s’excusant. C’est ce que dit le père : « Nous allons rendre un dernier hommage à cette créature et la remercier de subvenir à nos besoins. […] Au fond de moi, j’avais le sentiment que le lapin n’en avait rien à fiche de notre gratitude et je lui ai présenté en silence de piteuses excuses. »
Inti Flynn n’est pas comme la plupart des êtres humains.
Atteinte d’une maladie rare appelée synesthésie, elle ressent et intériorise la souffrance des autres. Ainsi lorsque le père dépèce le lapin, c’est tout son corps qui en pâtit. Elle a l’impression que c’est elle que l’on éventre. Elle perd connaissance. Quoi qu’il arrive sa jumelle la soutient et elle soutient sa jumelle. Cette symbiose entre deux jumelles souvent utilisée dans les romans policiers contribue à la force de l’histoire à son dénouement imprévisible.
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Le tumulte et l’oubli de Thimothée Demeillers
Un très grand livre que cette fresque historique de 1939 jusqu’aux années 2000 à peine romancée dans ce pays qui s’appelait la Tchécoslovaquie. À partir du quotidien de plusieurs personnages – ils sont nombreux – on ne peut tous les citer – l’auteur, Timothée Demeillers immisce son lecteur dans le vécu des diverses populations de la région des sudètes : tchèques, tziganes et allemands. La cohabitation entraîne inégalités sociales et suspicions quels que soient les régimes politiques qui dominent. Alternent le tumulte et l’oubli.
1939 : l’offensive nazie
Les parents de Sieglinde – une adolescente allemande – qui vivent dans la région des sudètes adhèrent aux idéaux d’Hitler. Son père s’engage au sein de l’armée hitlérienne. Cette famille aisée vit parmi des tchèques bien moins lotis à l’exemple de Mirko – fils d’un pâtissier. Sieglinde et Mirko adolescents amoureux se trouvent confrontés à la réalité historique. Leur amour n’a pas d’avenir alors que s’intensifient les bruits de bottes. Les troupes d’Hitler envahissent et annexent les sudètes.
Dans les camps de concentration, communistes et tziganes tchèques font partie des premiers déportés. De la famille Tulep ne survit que Michal. C’est un homme détruit qui retourne vers sa ville. « Parmi cette marée humaine, inondée de misère et de désespoir, évoluait Michal Tulej. Il sortait de Buchenwald, où il avait passé trois années avant d’être libéré par les Américains. »
Jamais l’horreur des camps ne s’estompera
Par des phrases puissantes, l’auteur décrit l’horreur. Jamais, dans l’esprit de Michal, elle ne pourra s’estomper. « Juchés sur leurs tanks flanqués de la bannière étoilée, ces sauveurs n’avaient trouvé que des cadavres, des cadavres pendus, des cadavres abattus et une nuée de vingt mille ou presque macchabées mouvant leurs charognes dans leur direction, tas de squelette flottant dans le tissu raidi de leurs uniformes rayés, mélangés à des gardes capitulards, tremblants comme des feuilles, que les détenus n’avaient même pas pris de brutaliser. C’était la sidération. »
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