Trouver l’enfant

Trouver l'enfantQue peut-il y avoir de plus triste que la disparition d’un enfant ? C’est ce qui arrive à la famille Culver. Leur fillette, Madison âgée de cinq ans s’est perdue. À peine était-elle descendue de la voiture familiale qu’elle ne laissait plus aucune trace d’elle. Cela paraît incroyable sauf qu’avec son père et sa mère, elle s’était fait une joie de cueillir un vrai sapin pour Noël dans la forêt nationale de Skookum.

Comment Trouver l’enfant dans une forêt dense, immense, en plein hiver ensevelie sous la neige, engourdie par le froid dans laquelle les traces ne durent pas effacées par les averses de neige, balayées par le vent ?

Trois ans plus tard, alors que les recherches n’ont pas abouti, les parents, persuadés que leur fille n’est pas décédée, font appel à une enquêtrice. Naomi, surnommée La femme qui retrouve les enfants accepte cette mission. Elle-même gamine a dû fuir un enfer dont elle ne se souvient pas. Attirée et guidée par un feu, des migrants l’ont recueillie puis déposée loin de leur campement dans le bureau du shérif dans le comté d’Oregon. Le shérif l’a amenée chez une veuve Mme Cottle qui a déjà un petit garçon Jérome, adopté lui-aussi. S’en suit pour Naomi une enfance bienheureuse, aimante, troublée cependant par un rêve récurrent : celui de sa fuite. Que fuyait-elle ? Qu’avait-elle vécu ? Elle a oublié.

Trois petits tours et puis disparaît

C’est à la fois sa faiblesse et sa force. «Il y avait dû avoir de la neige et de la glace partout. Elle s’imagina […] Le père peut-être fatigué de chercher, décidait que c’était l’endroit propice. Se garait sur le bord de la route. Ouvrait le coffre, le dos tourné, pour en sortir la scie à la main. Sa femme qui, avec prudence, s’éloignait entre les arbres, leur fille qui filait droit devant elle…

Cela s’était passé en un rien de temps, lui avaient-ils raconté. Une minute Madison Culver était là, la suivante elle avait disparu. Ils avaient fait leur possible pour suivre ses traces, mais il avait commencé à neiger, à neiger abondamment, et tandis que, dans leur terreur, ils se cramponnaient l’un à l’autre, les traces étaient évanouies.»

Habitants de la forêt et de l’hiver

Commence une quête dans un  milieu hostile. Les habitants, des anciens mineurs à une époque où la ruée vers l’or faisait rêver, devenus propriétaires de leurs concessions, des chasseurs-trappeurs faisant commerce de fourrures rares vivent solitaires, à l’écart du monde.

Naomi, bien que peu loquace parfois directe ou agressive  inspire néanmoins confiance. Son sourire lui ouvre les portes du cœur. Elle peut compter sur le soutien de Dave le garde-forestier, du shérif bienveillant qui l’a sauvée, ou encore d’Earl qui a un magasin perdu au milieu de la forêt. «Earl Strikes leva les yeux du comptoir où il vendait des cartouches et de la bière à un groupe de chasseurs.  Ils donnaient le sentiment d’être surpris d’une autre époque avec leurs longues barbes broussailleuses et leurs vestes de chasse raidies par les tâches.» Naomi vient de croiser les frères Murphy. «Une bande d’imbéciles. Et leur mère, une pauvre cloche, et pas autre chose.» indique Earl. Ils n’ont pas d’enfants mais ont acheté une poupée. Pourquoi ?

Plusieurs portes d’entrée

Ce récit, bâti comme une enquête policière, offre plusieurs portes d’entrée. L’une d’elle ouvre sur la poésie de l’enfance, l’imaginaire qui sauve. Madison, on le sait dès les premières pages, n’est pas morte. Devenue la fille de la neige, elle s’adapte à son sort. «Plus d’une année et demie s’était écoulée depuis sa création, et la fille de la neige ne pouvait s’empêcher de grandir. C’était parce qu’elle buvait le lait de la forêt, le sang du cèdre rouge.»

Autre porte d’entrée : la tendresse, la bienveillance et l’humanité qui emplissent chaque histoire croisée et contée tout en posant des questions difficiles liées à la maltraitance de l’enfant, de la pédophilie. Quels sont ces êtres qui peuvent enlever un enfant – fille ou garçon – et le soumettre à leur violence ?

Des gens ordinaires – souvent – parmi ceux que l’on côtoie. Et longtemps renseigne René Denfeld, les victimes ne se rebellaient pas, ne portaient pas plainte prisonnières du regard que l’on aurait porté sur elles. Les familles se taisaient. Si les circonstances le permettaient, les proies se métamorphosaient en chasseurs puis en bourreaux, incapables de dépasser leur traumatisme et reproduisant leurs propres martyres. «Monsieur B la surprit à  regarder de ce côté-là et la crispation de son visage lui apprit qu’il était mécontent. Fais attention, fille de la neige, sinon il va t’enfermer à nouveau dans la cave. Pour toujours peut-être, et tu y mourras.» Car quelles que soient les raisons qui poussent à l’acte : enlever un enfant, le retenir prisonnier, abuser de son corps, celles-ci sous-tendent inhumanité, désir de cruauté et incapacité d’empathie.

Trouver l’enfant de René Denfeld 
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil 
Éditions Rivages/Noir 
Published by M.B.

 

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