Printemps 2020 : le temps du confinement

Un printemps étrange, surréaliste

Printemps 2020 : monnaie du pape non éclose

Le 19 mars, à l’abri contre la paroi de la maison et lovée au cœur d’un cep de vigne, la monnaie du pape n’a pas éclos.

Printemps 2020 : monnaie du pape fleurie

Le 26 mars ayant profité de journées ensoleillées, elle s’épanouit.

Être confiné à la campagne lors du printemps 2020 a quelque chose de surréaliste, d’étrange, d’aberrant. Si le danger est là : on ne le voit pas, on ne le perçoit pas, on ne l’imagine même pas. Rien n’indique la présence du coronavirus. Tout semble normal. La fin de l’hiver laisse place au printemps comme d’habitude. Et la nature s’empresse à s’adapter à cette nouvelle phase.

16 mars : début du confinement Les merles voraces atterrissent sur les tiges de lierre et gobent les baies avant de s’envoler dans un sifflement du bec. Les femelles arrivées un mois auparavant couvent déjà.

20 mars : jour du printemps Surgit le soleil. Montent les températures qui incitent la nature à exploser, à offrir son feu d’artifice de couleurs, de senteurs, de sons, de lumière et de ciel bleu ou de nuits auréolées d’étoiles.

21 mars : un couple de tourterelles se pose sur le frêne et roucoule, survole l’espace, se cache dans le laurier dès qu’une menace prévaut : une étape avant d’autres horizons. Comme tous les ans, ces tourterelles ne restent qu’un seul jour.

23 mars : arrivent les rouge-queues qui claquent du bec dans un tac-tac reconnaissable. L’un d’entre eux se pose sur la girouette : son endroit favori. Est-ce le même que celui de l’année précédente ? Avec sa préférée, il avait bâti son nid dans le grenier.

25 mars :  grive musicienne et chardonneret élégant

Printemps 2020 : chardonneret élégant

Photographie Bernard Dupont

En fin de journée au milieu d’une bande de pinsons avides de saveurs printanières qui se gavent de graines de lamiers pourpres, une grève musicienne picore à même le sol.

Deux chardonnerets élégants se posent au pied du pêcher, grignotent les aigrettes des laiterons  puis s’éclipsent. C’est la première fois qu’ils s’arrêtent si près de la maison.

Sans doute ont-ils été attirés par les nombreux laiterons ou pissenlits que les précédentes journées ensoleillées ont pousser à maturité. Les couleurs très vives des chardonnerets élégants tête noire et blanche avec du  rouge-grenat autour du bec et le bout des ailes jaunes aident à leur identification.

28 mars : le lièvre et la pie

Aperçu durant l’automne et au début de l’hiver 2019, le lièvre refait son apparition. Première image magique, de bonne heure, vers  7 heures. Calé sur son arrière train, majestueux, il se redresse, dresse ses oreilles fauve, les oriente, observe.

Posé à moins d’un mètre de lui, une pie se dandine, grignote. Il ne s’en inquiète pas. Elle le connaît bien. Ils restent un moment ensemble confiants, puis le lièvre – qu’a-t-il entendu ou perçu – change d’avis et traverse le sentier, file derrière le muret vers des lieux moins découverts. La pie s’envole. 

Ne restent que le souvenir et le sentiment d’avoir vécu à travers le carreau de la fenêtre un fugitif moment exceptionnel lié au privilège de vivre dans une campagne restée sauvage où l’absence de bruit et de pollution permet aux animaux de vivre paisibles et se reproduire. 

Ainsi les perdreaux nés sur l’espace du mas se sont dispersés et se sont mis en couple. De chaque point cardinal, les mâles font entendre leurs chants rauques tandis que les femelles couvent sous quelques buissons ou au milieu d’herbes touffues et desséchées.

30 mars : des flocons de neige se mêlent à des gouttes de pluie. Ils s’écrasent sur le sol et fondent aussitôt, mouillant à peine les corolles des tulipes qui frigorifiées par ce revirement des températures – de vingt-cinq degrés on frôle le zéro degré – n’osent pas laisser leurs pétales s’épanouir.

Chaque jour qui passe est un jour gagné face à la maladie, face à l’inconnu, face à l’incertitude.

6 avril : deux huppes fasciées se posent dans le tilleul.

printemps 2020 : huppes fasciées

11 avril 2019 : les huppes fasciées au pied d’un frêne.

Après avoir jeté un coup d’œil, elles atterrissent au pied du frêne et se mettent à picorer. Magnifiques avec leur long bec noir velours, presque comme une canne avec lequel elles déterrent tout ce qui a cru bon s’enfouir dans le sol, elles volètent de place en place. Pourtant, la terre manque d’eau et se craquelle : il n’a pas vraiment plu depuis près d’un mois, rares sont les vermisseaux. L’an dernier, elles étaient arrivées le 11 avril. On peut dire qu’elles sont ponctuelles.

Printemps 2020 : le pic-épeiche

 

Ce 6 avril est une journée faste : peu après l’arrivée des huppes, un jeune pic-épeiche se perche dans le pêché – juste en face de la maison – et se gave de fourmis attirées par des nichées de pucerons.

Puis ce sera le tour du lézard vert à montrer le bout de son museau. Rassuré par des températures qui ne cessent de grimper et un soleil resplendissant, il tente de sortir de l’hibernation. Ainsi est née L’histoire du lézard vert : Mojito.

Quelques images du printemps 2020 au temps du confinement

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