Martine Bégné, écrivaine

Martine Bégné naît au cœur du Périgord noir en mille neuf cent cinquante-neuf. La pauvreté n'altère en rien une enfance heureuse à rêver, à jouer et à parcourir une campagne magnifiée. L'adolescence empreinte de liberté conforte ses goûts premiers : le besoin de nature et le désir de littérature.

A seize ans, un job de journaliste, le temps d'un été, scelle ses choix. Elle s'oriente vers des études supérieures de communication à l'I.U.T de Bordeaux III. Plusieurs années durant, elle exerce le métier de journaliste lui donnant un caractère engagé. Cependant une certaine désillusion - les actes des hommes ne sont pas toujours en adéquation avec les idéaux revendiqués - et le besoin de retourner vers un environnement de qualité, au plus près de la nature, la font renoncer à cette profession.

Arrivée dans un département rural, le Lot, elle se reconvertit vers les métiers de la gestion et de la comptabilité se confrontant ainsi à la précarité de l'emploi féminin. Un projet d'infrastructure routière qui remet en cause son cadre de vie l'amène à résister puis la convainc de s'éloigner plus encore des routes et des hommes. Son installation sur les Causses du Quercy, dans une ferme du XIXème siècle, inhabitée depuis plusieurs décennies ressuscite des aspirations oubliées : redonner vie à ce lieu préservé et écrire.

Elle partage son temps entre activité paysanne et écriture. Ainsi, phrase après phrase, bâtit-elle, l'intrigue du roman policier « Confessions d'outre-tombe » avec la même détermination qu'elle reconstruit les murets de pierre sèche.

Oeuvres

Coule le temps

Friponne ma chienne, pardonne-moi de t'avoir abandonnée. Je sais qu'elle t'a fait euthanasier. Elle ne pouvait, prétendait-elle, te prendre dans son appartement, trop petit, disait-elle. Il n'était pas trop petit, seulement elle ne supportait pas qu'on y vive. Pour entrer chez elle, il fallait se déchausser, mettre les pantoufles. Si l'on voulait s'asseoir sur son canapé, de cuir blanc, elle vérifiait qu'on eût le cul propre. Et dans sa cuisine, il n'était pas question de cuisiner : on réchauffait juste les plats surgelés. Ainsi est ma fille, qui ne sait pas ce qu'est la vie, l'amour ou la sympathie. Pardonne-moi Friponne. Clouée sur un lit d'hôpital, souffrant le martyre, je n'ai même pas protesté, tant j'étais accablée, quand elle m'a annoncé ta mort. Friponne, le temps de la souffrance et de l'exil est fini. Nous allons nous retrouver puisque tu m'as fait signe. Ce sera mon dernier voyage. Puisque tu me le demandes, je viendrai mourir près de toi, dans ces lieux où nous étions heureuses, loin de cet enfer aseptisé. Je mourrai comme meurent les bêtes : seule et sereine et je te rejoindrai ma Friponne, ma chienne, ma fidèle amie.

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